100 années de féminisme et après

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100 ANNEES DE FEMINISME ET APRES
5 octobre 2000
Sélection de textes  
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Mots clés pour une recherche sur Internet :

féminisme, feminist
genre, gender issues
égalité des chances
mainstreaming
pouvoir
hommes – femmes
homophobie, sexisme, viol, harcèlement sexuel, violence, humiliation …

Sites femmes / women   health / justice / children
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Une première définition du féminisme
    Le féminisme dénonce, met en évidence, une absence de droits, une inégalité entre hommes et femmes que rien ne peut justifier.
La place des femmes dans la société n'est pas ce qu'elle devrait être. De plus leur infériorité n'a rien de "naturel ", car c'est l'organisation sociale qui en est responsable.
Le féminisme analyse le monde à partir du statut des femmes, dénonce les injustices qu'elles subissent et proposent des solutions pour venir à bout de ce qu'il considère comme un fléau social, une entrave à l'harmonie.
C'est un mouvement militant pour l'amélioration et l'extension du rôle et des droits de la femme dans la société.
http://www.ac-grenoble.fr/saulaie/femmes/feminism.htm

La liberté guidant le peuple par Delacroix, 1831

 

 

 



Le féminisme
http://gallica.bnf.fr/themes/PolXVIIIIe.htm

Le terme féminisme s'impose à la fin du XIXe siècle pour signifier l'aspiration collective des femmes à l'égalité entre les sexes au sein d'une société soumise jusque-là à la prééminence de l'homme. Dès le XVe siècle, Christine de Pisan (1365-1431) avait relevé l'importance de l'éducation des femmes. Mais c'est la Révolution française qui leur permettra d'affirmer le droit à un statut social et politique équitable dans le cadre de la nouvelle société en gestation : en 1791, Olympe de Gouges publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Toutefois, le code Napoléon consacre en 1804 l'incapacité juridique de la femme. Il faudra attendre la Constitution de 1946 pour que l'égalité des sexes soit inscrite dans le droit français.
Au XIXe siècle, le mouvement en faveur de l'émancipation des femmes s'est poursuivi de façon discontinue à la faveur des événements politiques auxquels les femmes ont participé de façon très active, avec une alternance de temps forts (1830, 1848, 1870) et des périodes de latence voire de recul (au lendemain de la guerre de 1914).
L'émergence des doctrines utopistes en 1830, saint-simonienne et fouriériste notamment, fait ressortir le rôle déterminant des femmes dans le progrès social et donne un nouvel essor au mouvement.
Mais les rapports avec la gauche sont ambigus car on peut noter l'antiféminisme de Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) et l'hostilité des syndicats au travail féminin. Aussi, après avoir lié leur sort à la lutte des travailleurs pour une société socialiste, à la suite de Flora Tristan (1803-1844), les femmes en viennent à penser, avec l'américaine Margaret Fueller, que leur libération ne pourra venir que d'elles-mêmes. Le deuxième sexe publié en 1949 par Simone de Beauvoir répond à cette aspiration. Désormais le combat politique passe par la dénonciation des éléments culturels sur lesquels est fondée la domination masculine.
La fin des années 1960 marque un renouveau des mouvements féministes qui apparaissent dans tous les pays occidentaux. En France, le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) créé en 1970 dénonce l'oppression des femmes et milite en faveur de la liberté sexuelle et de l'avortement. L'apaisement des années 1980 ne signifie pas la fin des combats, qui se poursuivent afin d'inscrire dans la réalité sociale, économique et politique (principe de parité) les droits formels reconnus aux femmes. Le féminisme qui avait d'emblée revêtu d'emblée un caractère universel comme en témoigne la Conférence de Pékin en 1995. Il sera relayé par l'Organisation des Nations Unies (ONU) un excellent vecteur pour la cause des femmes.

Gratien Du Pont, sieur de Drusac. Controverses des sexes masculin et féminin. Suivi de: requeste du sexe masculin contre le sexe féminin. - Toulouse, Jacques Colmiès, 1534.
Gratien Du Pont, sieur de Drusac. Controverses des sexes masculin et féminin. Suivi de: requeste du sexe masculin contre le sexe féminin. - s.l., s. n., 1536.
François Poullain de La Barre. De l'éducation des dames pour la conduite de l'esprit dans les sciences et dans les moeurs. - Paris, Jean Du Puis, 1674.
François Poullain de La Barre. De l'égalité des deux sexes . - Paris, Jean Du Puis 1676.
François Poullain de La Barre. De l'excellence des hommes contre l'égalité des sexes.
Claire Démar. Appel d'une femme du peuple, sur l'affranchissement de la femme. Suivi de : Ma loi d'avenir, par Claire Démar, 1833, ouvrage posthume. - Paris, Chez l'auteur, 1833.
Jules Simon. L'Ouvrière. - Paris, Calmann-Lévy, 1861. Julie Daubié. La Femme pauvre au XIXe siècle. 3 vol. - Paris, Ernest Thorin, 1869-1870.
Léon Richer. Le Divorce, projet de loi précédé d'un exposé des motifs et suivi des principaux documents officiels se rattachant à la question avec une lettre-préface de Louis Blanc. - Paris, Le Chevalier, [1870].
Agénor-Etienne comte de Gasparin. Les Réclamations des femmes. - Paris, Michel Lévy Frères, 1872.
Léon Richer. Le Livre des femmes. - Paris, Librairie de la bibliothèque démocratique, 1872.
Léon Richer. Le Code des femmes. - Paris, E. Dentu, 1883.
Jules Simon. La femme du vingtième siècle. - Paris, Calmann-Lévy, 1892.
Maria Deraismes. oeuvres complètes ("Eve dans l'humanité", "Les droits de l'enfant", etc.). 2 vol. - Paris, Félix Alcan, 1895.
Malwida Rivalier von Meysenbug. Mémoires d'une idéaliste. 2 vol. - Paris, Fischbacher, 1900.
Collectif. Cinquante ans de féminisme (1870-1920). - s.l., 1937.


Voir aussi

Hubertine Auclert (dir.). La Citoyenne (1881-1891). Cote BnF micr. D-1307.
Jeanne Deroin (dir.). L'Opinion des femmes (1848-1849).
Cote BnF Fol-Lc2-1933.
Léon Richer (dir.). Le Droit des femmes (1869-1891). Cote BnF microfilm m-648.
Léon Abensour. Le Féminisme sous le règne de Louis-Philippe et en 1848. Préface de M. Jules Bois. - Paris, Plon-Nourrit, 1913. Cote BnF : microf. 8- R- 26327
Léon Abensour. La Femme et le féminisme avant la Révolution. - Paris, Ernest Leroux, 1923. Voir le document imprimé sous la cote BnF 4-LL1-107.
Léon Abensour. Histoire générale du Féminisme. Des origines à nos jours. - Paris, Librairie Delagrave, 1931. Voir le document sous la cote BnF 8-R-30390 (microf. M-13993) ou le reprint de 1979 sous la cote 8-Z-49609 (49).
Léon Abensour. Le problème féministe. Un cas d'aspiration collective vers l'égalité. Un cas d'aspiration collective vers l'égalité. - Paris, Editions Radot, 1927. Voir la microfiche BnF m. 14830 (1).
Léon Abensour. Les Vaillantes : héroïnes, martyres et remplaçantes. Avec une préface de Louis Barthou. - Paris, M. Imhaus et R. Chapelot, 1917. Voir le document sous la cote BnF 8-G-9886.
Jules Bois. La Jeunesse de demain. [Conférence du journal Le Passant prononcée à Marseille le 2 avril 1891]. - Marseille, impr. J. Evesque et Cie, 1891. Voir le document sous la cote BnF Z-Barrès-16468 ou Rés.
P-Z-1982.
Clothilde Dissard.
Opinions féministes à propos du congrès féministe.. de 1896. - Paris, V. Giard et E. Brière, 1896. Voir la microforme M-14306.
Geroges Duby et Michelle Perrot (dir.). Histoire des femmes en Occident. - Paris, Plon, 1991. Le document se trouve en libre-accès à la BnF, site de Tolbiac, salle D, cote 030.79 DUBY Conférence mondiale sur les femmes. Rapport de la quatrième conférence mondiale sur les femmes : Beijin, 4-15 septembre 1995. - New York, Nations Unies, 1996. IV-239 p. Le document se trouve en libre-accès à la BnF, site de Tolbiac, salle D - publications officielles, cote 061.112 SOCI r


FÉMINISME ET WOMEN'S STUDIES
VIEILLES HISTOIRES

http://www.pum.umontreal.ca/revues/surfaces/vol3/bowlby.html 

Parler du féminisme et des women's studies, c'est parler, semble-t-il, de deux êtres, ou de deux entités, qui ont beaucoup en commun, qui sont liés comme deux soeurs inséparables. Oui, mais... du moment où on les met ensemble, ils (ou elles) se disputent; c'est le féminisme qui gagne, tandis que les pauvres women's studies sont reléguées dans la position conservatrice, symbole de l'assimilation ou de la normalisation d'un mouvement qui se voulait radical et marginal. Car les women's studies font partie de l'institution universitaire; le féminisme, en s'identifiant à elles, rejoint le pouvoir, sinon le patriarcat en personne.

Mais qu'est qu'on fait là-dedans, à l'intérieur de ces nouveaux départements de women's studies? Là aussi, la critique n'hésite pas. C'est très simple, dit-on (dit le 'on' qui s'identifie avec un féminisme authentique, non contaminé): les women's studies, c'est une célébration naïve des femmes et de leur histoire qui ne remet pas en question le statut de l'objet étudié.

Les femmes ont toujours été exclues de l'histoire 'patriarcale', qui ne s'intéresse qu'aux hommes et aux faits valorisés par les hommes. Le projet des 'women's studies' serait donc d'offrir les moyens de réparer cet état de choses. L'addition des women's studies comblerait un manque qu'on vient de percevoir; elle ne changerait rien à la structure générale des connaissances.

En tant que discipline académique, les women's studies s'ajoutent sans difficulté à la liste des matières ou des 'majors' sans rien changer, selon les critiques, aux pratiques ou aux présupposés des autres disciplines. Elles s'intègrent à l'institution et aux dispositifs épistémologiques existants. Ce serait un peu comme si on ajoutait un état supplémentaire à l'union des États-Unis. Comme dans le cas de Hawaï: ça peut avoir l'air un peu différent, un peu exotique, même un peu lointain par rapport aux autres disciplines, mais ça s'intègre tout de même. Les petites frontières des états restent les mêmes et le grand ensemble imaginaire de l'Amérique se trouve renforcé. Il y a du nouveau à l'horizon, mais ce nouveau n'est pas menaçant; au contraire, il sert à faire voir que le grand état est assez fort pour s'imposer comme norme à la fois politique, juridique, économique, et imaginaire (l'idée de la nation américaine).


Les Women's Studies, bien sûr, se veulent féministes, mais pour leurs opposants, ou leurs opposantes, ce qu'elles représentent - -- ou ce qu'elles représentaient au début (j'ai l'impression que cela a changé) --, c'était un féminisme bien limité, dans tous les sens du terme (enfermé dans son propre petit département, incapable de se faire vraiment radical). Selon cet autre féminisme qui, aux États-Unis du moins et parfois en Angleterre, s'est souvent représenté comme 'français' (il y a là une ironie sur laquelle je reviendrai), le féminisme cesse d'être féministe du moment où il perd son statut marginal d''outsider' par rapport à toutes les disciplines, ou par rapport aux institutions. Si le féminisme fait partie de l'institution, s'il s'incorpore comme une connaissance parmi les autres, il ne modifie plus rien à l'ensemble; il devient lui-même une institution et cesse d'être un mouvement -- mouvement politique, mouvement théorique, mouvement tout court au lieu de fixité.

On se trouve plongé d'emblée dans toutes sortes de difficultés linguistiques. Les women's studies, ça ne se traduit pas. Qu'est-ce que ça veut dire, au juste? Qu'on étudie les femmes? Qu'il s'agit des études pour les femmes? Que c'est ce que les femmes étudient ou devraient étudier?

En anglais, il n'existe pas d'adjectif convenable -- pas d'équivalent, par exemple, à 'Afro-American Studies' ou à 'lesbian and gay studies'. 'Womanly Studies', ça poserait certains problèmes. On a donc recouru à cette lourde formulation de 'women's studies', et il paraît que le nom, malgré ses ambiguïtés grammaticales, n'a fait que renforcer l'idée d'une solidité immuable, que ce soit du côté de l'objet ou du sujet (étudier les femmes, études des femmes ou pour les femmes).

…/…

Commençons par les mots (il n'y a que les mots, après tout). Ce qui s'est appelé féminisme, en France, ne correspond pas à ce qui a été appelé féminisme français aux États-Unis ou en Angleterre.
Le féminisme appelé féminisme en France représente ce que Julia Kristeva, dans son essai intitulé 'Le temps des femmes', a appelé une logique de l'homologation.

Selon cette logique, les femmes auraient demandé accès au droit de participation à la démocratie. Comme d'autres groupes exclus des démocraties modernes, selon des critères de propriété, d'âge ou de race, les femmes ont revendiqué une égalité qui les ferait reconnaître en tant que sujets politiques, juridiques, ou économiques (le droit au travail aux mêmes termes et au même salaire que les hommes).

Pour Kristeva, ce féminisme-là n'est pas à rejeter, loin de là, mais il ne représente qu'une première étape.

La revendication de l'égalité implique à la fois la neutralité de l'espace, pour lequel on veut gagner l'entrée, et la possibilité de comparer les femmes aux autres groupes qui pourraient demander ce même accès. Mais pour Kristeva, cet espace n'est jamais neutre: il est masculin. La différence sexuelle est très précisément incommensurable avec les autres formes ou catégories de différenciation.

 Elle est fondamentale: première des différences, à la fois sur le plan du développement individuel et sur le plan ontologique. Mais ceci n'implique pas qu'on devrait recourir à l'idée d'une différence sexuelle déjà donnée, que ce soit par la nature ou par la culture: c'était la deuxième étape. Par l'utilisation d'un modèle psychanalytique, Kristeva est plutôt amenée à souligner, d'abord, le manque de correspondance entre les termes de 'femmes' et de 'féminité', ou d''hommes' et de 'masculinité'; puis, le manque de symétrie entre le féminin et le masculin, catégories qui ne sont pas nées égales, même si elles pourraient le devenir.


La troisième étape -- après la revendication de l'égalité, et suite à la contre-revendication d'une différence nette entre les hommes et les femmes -- renoncerait à la lutte collective au profit des recherches menées au niveau individuel -- par la voie de la psychanalyse, ou de la maternité, ou des expériences esthétiques, par exemple -- où chaque femme aurait la possibilité d'explorer et de développer les déterminations de sa propre subjectivité.

Là, il ne s'agit plus de féminisme, français ou autre, selon les termes de Kristeva. Il s'agirait, peut-être, d'une sorte de post-féminisme, terme souvent utilisé en France pendant les années 80. Néanmoins, ce que Kristeva n'appelle pas le féminisme fait partie de ce qu'on appelle ailleurs le féminisme français; et ce qu'elle appelle féminisme serait plutôt ce qui est dévalorisé par les partisanes non-françaises du 'French feminism'

…/….
Je simplifie, mais c'est aussi l'effet rétroactif.

Quand on essaie de reconstruire l'histoire, surtout l'histoire d'une pensée, on simplifie et les changements ont l'air d'avoir été inévitables: comme si les enjeux s'étaient présentés sous la même forme à ce moment-là que maintenant où ils donnent l'impression d'être des questions dépassées ou des erreurs corrigées.

Ce n'est pas que la question de l'essentialism soit elle-même réglée. Mais elle ne constitue plus une accusation portée contre des textes réunis sous l'étiquette de 'French feminism'. On a maintenant tendance à y voir plus de complexité, voire la complexité même. On distingue désormais différents écrivains, alors qu'on les assimilait auparavent sous la seule rubrique du féminisme français. Les différends se sont modifiés. Car autour du milieu des années 80, une nouvelle opposition s'est développée dans laquelle 'French feminism' a joué le rôle du provocateur -- le marginal, le subversif -- au lieu de représenter la stabilité d'une féminité essentielle, déjà donnée.

Cette opposition nouvelle oppose au féminisme français le féminisme dit 'anglo-américain'. La solidité et la fixité, ici, sont du côté des Anglo-Américaines (rapport évident avec l'opposition feminism/women's studies): pauvres lourdes femmes, encombrées qu'elles sont par leur croyance naïve en l'existence des femmes (pas forcément l'essence des femmes, on va le voir) et leur croyance bien trop fidèle en l'existence d'un patriarcat dont l'entreprise consisterait à leur refuser l'accès aux droits et aux libertés dont jouissent déjà les hommes. Ce qu'on voit maintenant du côté des Françaises, c'est au contraire une complexité et une sophistication de la pensée qui vise à garder ouvertes les possibilités d'un changement global dans les façons de faire et d'être (mais il faut concéder que cette division temporelle n'est qu'une reconstruction faite après-coup: le rejet, au début, n'était ni général et ne faisait pas toujours au nom de l'essentialism.).

Ici aussi, on revient à une tradition bien établie où tout ce qui est du côté anglo-américain est censé être naïf, simple, 'common-sense', pragmatique; tandis que tout ce qui est du côté français est censément élégant, original, philosophique au sens propre (c'est-à-dire au sens propre à ceux qui se servent de ce type d'opposition). Bien sûr, cette opposition est toujours présentée au bénéfice de ce qui est nommé français (qui a donc gagné d'avance). Mais ce qu'il faut dire aussi, c'est que selon les présupposés théoriques des adhérentes du féminisme français, cette forme d'opposition binaire correspond à quelque chose de bien simple: déjà hiérarchisée, l'opposition n'en est pas une, parce qu'elle n'utilise les catégories négatives associées à l'anglo-américain que pour mettre en valeur les termes positifs associés au français. La bataille a déjà eu lieu, au moment même où elle vient à être désignée.

… / ….


En parlant non seulement de la théorie féministe, mais aussi de la théorie en général, en particulier de la déconstruction, on fait souvent appel, sans l'expliciter, à la notion de domestication. On dit d'une nouvelle pensée qu'elle risque d'être 'domestiquée' si elle est reçue dans le monde académique, ou encore si elle est diffusée couramment dans cet espace qu'on appelle 'le monde'.

Les mouvements, dans les deux cas, sont inversés: dans le premier, il s'agit d'une entrée 'dans' l'institution à partir du dehors; dans le deuxième, d'une pénétration dans un monde représenté comme un dehors. Mais, dans un autre sens, cela revient au même: une originalité se perd en s'assimilant à ce dont on avait commencé par se différencier. Ce qui était, ou aurait pu être, authentique, sui generis, différent de la norme, est incorporé, assimilé, et perd tout pouvoir critique, toute différenciation.

La notion de domestication a été souvent utilisée, par exemple, en parlant du destin d'un féminisme 'en vrac', radical, qui aurait perdu ses capacités de lutte et de critique à partir du moment où il s'est loué un appartement ou un département à l'université.

Ou pour parler de la déconstruction: à partir du moment, dit-on, où tous les départements de littérature comparée, d'anglais, etc., ont chacun leur petit théoricien, alors la théorie n'est plus qu'une spécialité parmi les autres, une nouvelle addition -- même pas un supplément, au sens de Derrida -- à la liste des options à choisir pour le succès professionnel. Ou encore: dès qu'un certain 'tout le monde', et pas uniquement un petit monde d'experts, a appris des slogans hors contexte sur la nouvelle théorie, ou dès que cette théorie est diffusée sous forme de 'introductory books' ou textes de /pp. 16-17/ présentation, on a également affaire à une domestication qui signifie alors la distorsion et la simplification de quelque chose de complexe.

Il y a deux sortes d'ironies, semble-t-il, dans ces utilisations de l'idée de domestication. L'une s'applique à la théorie en général, y compris la théorie féministe qui s'appuie sur la philosophie française. L'autre s'applique plus particulièrement au féminisme. Envisageons d'abord ce qui concerne les théories post-structuralistes. Car raconter une histoire où quelque chose -- telle théorie -- est perçu d'abord comme originel, authentique, puis s'aliène, se perd, s'assimile, ne serait pas une histoire racontable pour la déconstruction pure et dure, si elle existe -- (mais on sait, bien sûr, que ni la pureté ni la dureté ne sont des concepts chers aux déconstructeurs pour qui le pur est toujours un petit peu impur, et le dur sans doute trop manifestement phallogocentrique).

Cette histoire d'une domestication de la théorie ne fonctionne pas justement parce qu'elle présuppose cela même que la déconstruction déconstruit, à savoir la notion d'une présence originaire et intégrale qui n'aurait qu'après coup, ou de façon contingente, différée de soi-même. Car la déconstruction, comme la théorie féministe ou toute autre théorie, est toujours déjà domestiquée, si par là on entend qu'elle n'est jamais sans rapport avec ce qu'elle vient penser ou déconstruire. Ce qui n'implique pas qu'on ne peut pas, ou qu'on ne devrait pas, essayer de marquer des distinctions entre les différentes conditions ou possibilités de domestication. Au contraire, du moment où on n'a plus recours à l'idée d'une pureté ou d'une présence originelles comme critères, il est d'autant plus important de faire de telles distinctions entre les utilisations -- les destins ou les domestications -- possibles.
Voilà pour l'ironie qui se cache derrière cet usage de la notion de domestication par rapport à la théorie en général. Quant à la théorie féministe, l'ironie tient non pas à la structure narrative, mais à la signification du mot. Car la domestication, pour les femmes, n'est pas un thème quelconque. En fait, on pourrait dire que presque toute l'histoire de la pensée féministe occidentale des deux siècles passés est inséparable d'une répudiation de la domesticité, vue comme symbole ou symptôme privilégiés du refoulement et de l'oppression des femmes. Le domestique, en tant qu'espaces privé et familial, représente tout ce à quoi les femmes ont à échapper pour devenir libres et pour entrer dans la vie et l'espace publics. C'est là une tradition qui remonte à la fin du dix-huitième siècle -- je pense à Mary Wollstonecraft -- et qui persiste jusqu'aux grands textes du féminisme de notre siècle. Pensez au chapitre du Deuxième Sexe sur le mariage. La maison, pour Beauvoir, est une quasi-prison: là-dedans la femme n'arrive à rien faire, justement parce qu'elle ne cesse d'y répéter les mêmes tâches domestiques, des tâches sans fin et sans reste, sans produit qui dure.

…. / ….
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Rachel Bowlby
Department of English
Sussex University



Les jeunes femmes ont-elles tourné le dos au féminisme?
Extrait de la revue Options, automne 1997, no 16, p. 49 à 59
http://www.ceq.qc.ca/travail/jeunes/femini.htm
par Geneviève Guindon, sociologue diplômée de l'Université de Montréal et consultante à La coopérative Convergence à Ottawa

À une époque où les féministes militantes, comme le grand public, se demandent quelle est la place du féminisme aujourd'hui et quel sera son avenir, il est essentiel d'étudier l'influence que celui-ci exerce auprès des jeunes femmes. Et ce, encore plus à un moment où un grand nombre d'entre elles semblent s'en dissocier...
Afin de dessiner un portrait adéquat du féminisme et de discerner l'orientation qu'il prend, il importe donc de s'arrêter aux opinions et aux perceptions qu'entretiennent des jeunes femmes à son égard, d'où le motif de cette recherche. *
Le rapport au féminisme n'est pas le même selon les générations. Celui-ci est perçu et compris différemment selon l'âge et les expériences de vie des individus. Comme le souligne la journaliste américaine Paula Kamen, les jeunes ont leur propre vision du féminisme (1), en raison du contexte social, économique et politique dans lequel elles ont grandi et de celui dans lequel elles vivent présentement.
Afin d'amasser l'information nécessaire pour traiter du sujet, j'ai utilisé deux méthodes différentes et complémentaires. D'abord, j'ai fait une recension des écrits québécois, canadiens et américains publiés de 1985 à 1995. En deuxième lieu, dans le but de recueillir un matériau d'analyse plus riche, j'ai choisi de faire des entrevues auprès de petits groupes composés de deux ou trois participantes. Pour les fins de cette recherche, j'ai défini le groupe cible comme étant celui des étudiantes universitaires âgées entre 20 à 25 ans. Les entrevues ont été réalisées au printemps 1994 auprès de 14 étudiantes francophones provenant de domaines d'études variés et fréquentant l'Université de Montréal, l'Université Concordia et l'Université d'Ottawa. Je tiens à préciser que mon mémoire ne constitue pas un sondage. Il ne prétend pas établir les opinions et les perceptions que l'ensemble des femmes de moins de trente ans ont à l'égard du féminisme. La recherche que j'ai effectuée vise plutôt à explorer et à découvrir différentes dimensions de la question, à partir d'un petit groupe parmi elles.
L'opposition au féminisme
L'opposition au féminisme est un thème important du discours des jeunes femmes que j'ai interrogées. J'observe cinq raisons pour lesquelles elles manifestent leur désaccord:
-  la méconnaissance du féminisme;
-  pour être féministe, on doit se sentir lésée;
-  le féminisme, c'est pour une autre génération;
-  le féminisme égal radicalisme et revendications;
-  le féminisme est exclusif aux femmes.

Voyons maintenant en quoi consistent leurs arguments.
La méconnaissance du féminisme
Les jeunes femmes des années 1990 connaissent très peu l'histoire du féminisme. Près de la moitié des étudiantes qui se sont prêtées aux entrevues en ont pris connaissance au sein de leur milieu familial. Certaines disent alors ne pas vouloir se battre pour la reconnaissance de leurs droits, comme elles ont vu leur mère le faire, et refusent d'être des superfemmes comme ces dernières.
L'autre moitié des jeunes avouent avoir eu peu de contacts avec le féminisme. L'information qu'elles détiennent provient principalement des médias et, d'après leurs dires, c'est une image extrémiste et déformée qui est projetée.
Pour être féministe, on doit se sentir lésée
Les étudiantes croient que, pour se dire féministe ou pour souscrire au mouvement des femmes, on doit avoir vécu une expérience personnelle de sexisme. Or, leur première réaction, lorsqu'on les interroge sur ce sujet, est de dire qu'elles n'ont pas subi de contraintes du fait qu'elles sont de sexe féminin. La pensée féministe dénonce l'oppression individuelle et collective des femmes. À l'ère de l'individualisme, les jeunes femmes n'adhèrent pas à cette idée d'expérience commune.
Il est vrai que trente ans de revendications féministes ont transformé les conditions de vie des Québécoises et des Canadiennes. Certaines formes de discrimination ont néanmoins subsisté malgré les changements. La différence avec le sexisme des années 1960, ou de celui qui se manifeste dans d'autres pays et cultures, est qu'il est plus subtil, plus difficile à percevoir.
Le féminisme, c'est pour une autre génération
Les étudiantes affirment que le féminisme ne reflète pas la réalité des jeunes femmes des années 90 et que le mouvement ne répond pas à leurs besoins. Celui-ci est d'ailleurs associé aux femmes de la génération de leur mère. Les jeunes femmes prétendent qu'elles ont d'autres façons d'interpréter le monde, selon leurs propres expériences.

Comme l'expriment Tonia, 24 ans:
Je trouve regrettable que les femmes qui ont milité pour la cause féminine pendant des années nous imposent leur façon de voir le féminisme. Pour nous autres, il y a des choses qui sont acquises. Oui, il y a encore du travail à faire... mais ne nous demandez pas d'être comme vous! De revendiquer comme vous avez revendiqué! On est de différentes générations, avec différentes mentalités.
et Brigitte, 21 ans:
[...] les personnes qui militent maintenant pour le féminisme sont celles qui militaient dans les années 1970. Elles peuvent bien dire comment elles étaient traitées dans les années 1970, mais moi j'étais même pas née!


Féminisme égale radicalisme et revendications
Suite à des entrevues réalisées auprès de jeunes Franco-ontariennes, Colette Godin conclut: «Toutes s'accordent pour dire que le mot "féministe" fait peur. Il charrie une image de radicalisme qui fait reculer de nombreuses jeunes femmes ou qui, du moins, les empêche d'affirmer leurs convictions par rapport au mouvement des femmes.» (2)


En effet, selon mes propres observations, l'une des raisons principales pour laquelle les jeunes femmes se dissocient du féminisme s'explique par le fait que le mouvement est relié au radicalisme. Mais le terme «radical» semble avoir perdu sa signification originale et théorique. De la transformation du système à partir de sa base (ou de ses racines), il réfère maintenant à des caractéristiques péjoratives: exagération et agressivité.
Les étudiantes avancent également que le féminisme entraîne des revendications. Là-dessus, elles n'ont pas tort: pendant toute son histoire, le mouvement féministe a exigé de meilleures conditions de vie pour les femmes. Pour mieux les comprendre, il importe de situer ces revendications dans le contexte sociohistorique où elles ont été réclamées. À la fin des années 1960 et durant les années 1970, la conjoncture était favorable à l'action politique et contestataire. Mais, pendant les années 1990, on retrouve peu de mouvements de mobilisation sociale et politique. Malgré quelques rares activités mobilisatrices, il n'est pas vraiment de mise au Québec (ou en Ontario) de poser des actions radicales, de gauche ou progressistes. Le néolibéralisme et la recrudescence de l'individualisme des années 1980 ont plus ou moins encouragé la perte de crédibilité des actions collectives.

Toutes s'accordent pour dire
que le mot «féministe» fait peur

Le féminisme présuppose donc une action militante. Or, une grande majorité de femmes dans la vingtaine ne sont pas prêtes à investir leurs énergies dans une action collective et politique. D'autant plus qu'elles ne veulent pas remettre en question le système dans lequel elles fonctionnent et qu'elles considèrent leur convenir assez bien. Elles préfèrent travailler à partir du système social déjà existant.
Si quelques étudiantes ont souligné le bien-fondé des activités radicales passées, la plupart d'entre elles jugent que le radicalisme et l'action de revendiquer sont des moyens extrémistes utilisés pendant les années 1970 et qui ne s'adaptent pas à l'époque présente.
Le féminisme est exclusif aux femmes
Un grand nombre de jeunes femmes voient le féminisme comme un mouvement composé exclusivement de femmes et à cela, elles s'objectent fermement. Elles insistent sur la participation des hommes au sein du mouvement féministe et sur l'engagement de ceux-ci pour contrer le sexisme. Comme le dit une étudiante: «[Le sexisme], c'est un problème de société. Il faudrait que tout le monde puisse s'impliquer.»


Les femmes de moins de trente ans ont des façons de comprendre les rapports hommes-femmes qui diffèrent de celles des générations précédentes. Ce qui s'explique: le tissu social s'est modifié depuis le début du féminisme de la deuxième vague. Il faut également souligner le fait que la cohorte des 20 à 25 ans n'a pas eu à vivre la colère contre les hommes qu'ont exprimée les féministes au début du mouvement. Depuis les années 1960, les rôles traditionnels ont été remis en question, les mentalités se sont (en partie) transformées. Les jeunes femmes, du moins celles que j'ai interrogées, ont eu comme modèles ou partenaires des hommes qui étaient en accord avec des valeurs féministes.

L'approbation du féminisme
Les jeunes femmes réprouvent donc des idées et des pratiques qu'elles associent au féminisme. Mais parallèlement à cela, elles sont en accord avec certains autres éléments. En effet, pour un grand nombre de jeunes femmes, le féminisme sous-entend les concepts de droits des femmes, d'égalité, de choix et d'indépendance. Une réaction tout aussi commune que l'opposition au radicalisme sera d'associer le féminisme au principe d'égalité entre les sexes. Lorsqu'on développe la question du féminisme, même les étudiantes qui ont eu une première réaction négative s'accordent pour dire que «les féministes veulent l'égalité entre les hommes et les femmes». Pour elles, cela est une chose tout à fait justifiable, voire désirée. Le commentaire de Lisa, 21 ans, peut être révélateur des sentiments ambivalents que plusieurs jeunes femmes entretiennent à l'égard du féminisme:


Je me considère féministe jusqu'à un certain point. Je trouve qu'on devrait avoir l'égalité, mais on ne devrait pas pousser pour faire des affaires radicales.
Par ailleurs, toutes les étudiantes interrogées ont soulevé l'importance que les revendications féministes ont eue pour elles et pour l'ensemble de la société. Elles n'hésitent pas à souligner la part importante que le mouvement féministe a jouée dans la mise en vigueur d'améliorations sociales pendant les dernières décennies.
Au niveau personnel, les étudiantes disent que le féminisme a permis de surmonter les obstacles, d'acquérir une confiance en elles, d'être respectées en tant que femmes et de faire reconnaître leurs capacités. Elles acceptent la pensée féministe qui consiste à rejeter l'infériorisation des femmes, même si elles ne comprennent pas toujours comment cette infériorisation se manifeste.


Adopter des valeurs féministes
Plusieurs femmes de moins de trente ans hésitent à se dire féministes mais adhèrent à certains principes du mouvement. Effectivement, des valeurs prônées par le féminisme s'imbriquent dans leurs activités quotidiennes. Par exemple, les étudiantes perçoivent les femmes comme des êtres à part entière, tout comme elles désirent établir des rapports égalitaires avec les hommes. Même si elles connaissent peu les éléments du discours de l'idéologie féministe radicale (remise en question des institutions du mariage et de la famille), les étudiantes se sont approprié la liberté de se marier ou pas, d'avoir des enfants ou non. Rappelons qu'une des revendications féministes est de ne pas cantonner les femmes aux rôles traditionnels de mère et d'épouse et de leur permettre de faire des choix. En ce sens, le mouvement aura atteint un de ses objectifs: les jeunes femmes, du moins celles interrogées dans le cadre de ma recherche, se sentent autonomes et libres de déterminer leur vie.
Peut-on dire alors que les jeunes femmes sont féministes malgré ce qu'elles en disent?... À mon avis, on peut comprendre les raisons qui conduisent les jeunes femmes à refuser l'appellation «féministes». Certains éléments du féminisme, ou qu'elles associent au féminisme, les éloignent du mouvement - mais il faut aussi savoir ce que «se dire féministe» signifie.


Le mouvement féministe préconise un important changement social, soit la transformation ou l'élimination des mécanismes producteurs de l'oppression des femmes. De façon théorique, se dire féministe suppose qu'on a réfléchi sur la question et qu'on a pris position. Or, peu de jeunes femmes ont observé la place sociale qu'occupent les femmes. Cette question n'est pas nécessairement une de leurs priorités, elles sont suffisamment préoccupées par leurs études, leur travail, leur carrière, leurs relations amoureuses.
Dans la pratique, être féministe c'est avoir un intérêt pour les questions concernant directement les femmes. C'est aussi appuyer la transformation sociale que le mouvement sous-entend et assumer les responsabilités et les risques que cela implique: le risque d'être démarquée de l'ensemble des jeunes et de la population, le risque de se faire harceler, narguer, exclure et de faire l'objet de discrimination. Être féministe, donc, c'est adhérer à des valeurs, des principes; c'est s'opposer aux rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes; c'est dénoncer les manifestations de sexisme. Être féministe, ce n'est pas seulement croire dans l'égalité entre les sexes, mais c'est aussi faire quelque chose pour l'atteindre.


Le désengagement des jeunes femmes...
l'avenir du mouvement féministe


Quand on demande aux jeunes femmes si elles considèrent le féminisme nécessaire et, si oui, pourquoi, elles répondent qu'il reste du travail à faire. Elles précisent qu'il existe toujours des inégalités; que les femmes sont encore traitées comme inférieures. Alors qu'une étudiante n'a «pas peur que ça dégénère» si le féminisme venait à disparaître, une autre craint que la situation sociale des femmes pourrait se détériorer. Plusieurs d'entre elles reconnaissent donc que le féminisme est nécessaire aujourd'hui et qu'il le sera également demain.
Ainsi, les étudiantes voudraient que le mouvement féministe se poursuive, mais elles rejettent son approche. Elles aimeraient que le féminisme réoriente ses objectifs et ses activités. Elles proposent alors des stratégies qui, selon elles, correspondraient plus à la réalité des années 1990.


Anne, 24 ans: Le mouvement féministe a changé (depuis les années 1970) et devrait peut-être se réorienter. C'est sûr qu'il faut des extrémistes. Sauf que dans la société d'aujourd'hui, je me demande si ça vaut la peine d'être aussi extrémiste et s'il n'y aurait pas d'autres moyens d'arriver à ses fins. Peut-être plus de discussions, moins la revendication, plus les compromis.
En fait, si les jeunes femmes éprouvent la nécessité de redéfinir le féminisme, c'est pour l'adapter à leur réalité. Elles désirent intégrer, au sein même de la problématique féministe, les hommes, certes, mais aussi les jeunes et les femmes vivant une double discrimination (les femmes de culture minoritaire, les femmes ayant un handicap, etc.). Elles veulent qu'on reconnaisse les différences et la multiplicité des points de vue. Les participantes au forum des jeunes féministes qui a eu lieu à Lachute, en 1994, parlent d'offrir plusieurs images du féminisme. 

Le mouvement féministe a joué une part importante dans la mise en vigueur d'améliorations sociales pendant les dernières décennies

Dans les années 1990, les jeunes femmes veulent choisir les principes auxquels elles adhèrent et puisent du féminisme ce qui leur plaît. Comme l'exprime l'une d'entre elles: «Je vais écouter ce que les féministes disent et je vais écouter d'autres choses.» Pour plusieurs, se dire féministe, c'est porter une étiquette et elles refusent cette association, tout comme elles refusent de brandir un drapeau. Les jeunes femmes veulent donc contrôler leur engagement politique et social. Ce faisant, elles s'éloignent du lien émotif et politique qu'entraîne une participation au sein du mouvement féministe.


Aux États-Unis, on observe la création du mouvement Third Wave, un mouvement féministe composé de jeunes femmes, qui comprend la participation des jeunes hommes et qui s'attaque aux différentes formes d'oppression: sexisme, racisme, pauvreté.


En fait, un type de féminisme que les jeunes Québécoises et Canadiennes souhaitent voir.
Aussi longtemps que les femmes subiront des injustices, il y aura des jeunes femmes qui s'intéresseront au féminisme et à ses diverses formes d'expression. En effet, des femmes de moins de trente ans participent à des activités féministes: La rue, la nuit, femmes sans peur, la Marche des femmes contre la pauvreté, etc. Mais les jeunes militantes représentent toujours une faible proportion de leur groupe d'âge. Pour la majorité des jeunes femmes, les questions soulevées au sein du mouvement ne sont pas particulièrement stimulantes; le mode de fonctionnement non plus. Il importe alors de se demander jusqu'à quel point les jeunes femmes se sentent concernées par les activités et les revendications féministes des années 1990.
Il est possible que les positions des jeunes femmes dont on a étudié les propos se modifient avec le temps et les expériences de vie. Une expérience personnelle de sexisme, notamment sur le marché du travail, peut être un catalyseur pour le développement d'une conscience féministe.
Je prétends toutefois que connaître les opinions des jeunes femmes permet d'entrevoir l'avenir du mouvement. Comment donc le mouvement féministe se poursuivra-t-il si les jeunes femmes, à l'heure actuelle, n'ont pas de conscience féministe? Que se passera-t-il lorsque les femmes qui militent au sein du mouvement aujourd'hui n'auront plus d'énergie à investir dans l'action politique? Le militantisme féministe, qu'il soit collectif ou personnel, disparaîtra-t-il?
C'est ici que les rapports entre générations au sein même du mouvement des femmes prennent toute leur importance. En effet, si les femmes déjà actives dans le mouvement s'inquiètent du désengagement des plus jeunes, elles devraient se préoccuper davantage des réalités et des besoins de ces dernières. M. A. Vevick, une jeune militante, décrit la nécessité d'une collaboration entre les «vieilles» féministes et leurs cadettes. Elle soulève l'importance d'accueillir les femmes qui désirent se joindre au mouvement et de les encourager dans leurs découvertes.
(3)


Pour rejoindre les plus jeunes, il faudra aborder des questions qui les touchent et les informer par le moyen d'activités qui les intéressent. Afin de permettre aux femmes qui ne se sentent pas concernées par le discours et les actions féministes actuels de s'y intégrer, il faudra également être disposées à modifier le fonctionnement du mouvement. Ainsi, à moyen ou long terme, le mouvement féministe comme organisation politique et sociale devra subir des transformations qui lui seront sans doute bénéfiques.


Il est donc essentiel d'inviter les jeunes femmes aux réunions, aux rencontres, aux activités du mouvement des femmes. Il faut également leur permettre de s'exprimer et accorder une importance significative à leurs prises de position, même si elles ne coïncident pas toujours avec les principes préconisés par le féminisme de la deuxième vague.

Le contenu de cet article est tiré du mémoire de maîtrise que Geneviève Guindon a déposé au Département de sociologie de l'Université de Montréal en janvier 1996 et qui a pour titre Les opinions et perceptions de jeunes femmes à l'égard du féminisme. Il a fait l'objet d'une présentation lors du colloque La jeunesse au carrefour: quelles perspectives pour l'avenir?, qui s'est tenu lors du Congrès de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS) à Trois-Rivières, les 12 et 13 mai 1997.
(1)

KAMEN, Paula (1991), Feminist Fatale: Voices from the «Twentysometing» Generation Explore the Future of the «Women's Movement», New York, Donald I. Fine, p. 103.
(2)
GODIN, Colette (1990), «Que pensent Danièle et ses copines. Le mouvement féministe et la relève» in Femmes d'action, vol. 19, no 3, p. 19.
(3)

VEVICK, M.A. (1990), «Young Feminists Looking for Learning» in Women's Education des femmes, vol. 8, no 1, p. 25.



Diotima serves as an interdisciplinary resource for anyone interested in patterns of gender around the ancient Mediterranean and as a forum for collaboration among instructors who teach courses about women and gender in the ancient world.
www.stoa.org/diotima

Pas mort, le féminisme!
Le mouvement fortement revendicateur des dernières décennies pourrait même,
à la faveur d'un rapprochement avec les mâles, se transmuer en une puissante force humaniste


http://www.ulaval.ca/scom/Au.fil.des.evenements/2000/03.23/feminisme.html

Ceux et celles qui estiment que le féminisme est mort et enterré auraient dû assister au débat sur les orientations de ce mouvement, organisé récemment par l'Association des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS), entre Diane Lamoureux, Françoise David et Denise Bombardier. Ils auraient compris que cette idéologie peut encore susciter passions, et affrontements.
Trois femmes approximativement de la même génération, trois expériences de vie, et trois visions du féminisme. L'auteure et animatrice de télévision Denise Bombardier veut bien reconnaître avec Diane Lamoureux, professeure au Département de science politique, les acquis, arrachés par les femmes à coup de lutte sur un système dominé par les hommes jusqu'aux années 1970. Mais elle dénonce tout aussi rapidement la stratégie féministe visant à faire des femmes des victimes du système patriarcal, en évoquant les travers du "féminisme exarcerbé."
"À l'occasion du massacre de Polytechnique, en 1989, certaines ont laissé entendre que la majorité des hommes étaient des Marc Lépine potentiels", avance une Denise Bombardier plutôt coupante. Un peu plus tard dans le débat, elle dénonce également le traitement médiatique biaisé des drames familiaux, où selon elle la femme apparaît souvent comme une victime passive. Une affirmation qui fait sortir de ses gonds la présidente de la Fédération des femmes du Québec. "Il me semble qu'au contraire, dans ce genre d'affaires, on dit exactement la même chose pour l'homme et la femme, martèle Françoise David. La victimisation, ça m'agace. Il y a peut-être des excès, mais les groupes de femmes insistent depuis vingt ans pour que les femmes aient le droit et la responsabilité d'affronter la réalité, et qu'elles s'affirment."


Le féminisme et la chambre à coucher
Si Diane Lamoureux et la responsable de la FFQ s'entendent pour estimer que le féminisme peut aider les femmes à réduire l'écart salarial qui les sépare encore des revenus masculins, ou à accéder davantage au pouvoir, Denise Bombardier s'inscrit en trouble-fête dès qu'on aborde la question des rapports intimes entre les sexes. Selon elle, "le féminisme constitue une idéologie pour femme seule ou sans enfants", car le partage des tâches dans le couple relève d'un jeu de pouvoir subtil. Ainsi, les femmes auraient une attitude de possessivité vis-à-vis des enfants, qui empêcherait les institutions d'évoluer vers des rapports vraiment égalitaires.

Françoise David renchérit à ce sujet en reconnaissant que certaines femmes éprouvent des difficultés à partager les enfants avec leurs anciens compagnons. "Mais cela ne doit jamais constituer un prétexte à la démission des pères", affirme-t-elle haut et fort. Selon la présidente de la Fédération des femmes, le thème de la maternité fait d'ailleurs partie intégrante du discours féministe, même si plusieurs personnes dans l'assistance ont le sentiment que le sujet a longtemps été occulté par le mouvement. Elle rappelle ainsi que la FFQ a mené de longs combats pour les garderies et les congés de maternité, et que les différentes factions en faveur de la reconnaissance du travail des mères à la maison, ou celles qui prônent une activité extérieure, se sont réconciliées.

Un mouvement pluriel
Au contraire de Denise Bombardier qui dénonce le manque de discours critique du féminisme sur lui-même, Françoise David souligne la richesse de ce mouvement qui s'inscrit au coeur des revendications sociales. "Il existe plein de sortes de féminisme", indique-t-elle en mentionnant notamment l'importance des femmes en région, la lutte des femmes immigrantes pour les programmes d'embauche, les revendications du comité des jeunes, et celles du mouvement des lesbiennes.

Confrontée de son côté à des jeunes étudiantes qui refusent d'endosser le féminisme de leur mère, Diane Lamoureux appelle de ses voeux une ouverture accrue du féminisme qu'elle juge insuffisamment subversif. "Il faut réinventer le féminisme", indique-t-elle, tout en soulignant que les rapports entre les hommes et les femmes se sont complexifiés, depuis le temps où l'on considérait ces dernières "comme des carpettes." Finalement l'avenir du mouvement féministe passe peut-être par un rapprochement vers la gent masculine, pour devenir une force humaniste s'élançant à l'assaut des inégalités de toutes sortes.
PASCALE GUÉRICOLAS

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le féminisme est cette théorie extrémiste qui prétend instaurer l'égalité des sexes."
Voilà comment on pourrait résumer l'image du féminisme que nous renvoie le petit écran. Quand, il y a vingt ans, Sheila et Danielle Gilbert gloussaient sur un plateau télévisé que Non!, Grand Dieu, elles n'étaient pas féministes, elles étaient bien les seules sur le plateau, et leurs airs offusqués faisaient rire tout le monde.
Aujourd'hui, les airs offusqués " hé attention, hein! Je ne suis pas féministe!" ont gagné du terrain; il est de bon ton quand on est une femme sur un plateau télévisé de mettre en garde de son "non féminisme" dès que le problème du sexisme est abordé (ce qui arrive d'ailleurs de moins en moins souvent depuis 10 ans : est-ce que le sexisme a disparu, ou est-ce que le fait qu'on le cache aujourd'hui ne montre pas plutôt un retour en arrière, une régression sexiste?)
" Attention, je ne suis pas féministe!", crient les chanteuses, les actrices, comme elles crieraient "Attention, je ne suis pas folle!", "Je ne suis pas une tarée", "Attention je suis raisonnable!", "Attention, je suis sensée!".
Mais quelle est donc cette doctrine honteuse et extrême qui effraie à ce point les mass-media ?


" Féminisme : doctrine qui préconise l'égalité entre les sexes" (Micro Robert 1995)
Donc, si on traduit, à la télé, quand les femmes disent " Attention, je ne suis pas féministe!", elles disent : " Attention, je ne suis pas pour la doctrine qui préconise l'égalité entre les sexes!", donc " Attention, je ne suis pas pour l'égalité entre les sexes!", ou " Attention! Je suis pour l'inégalité entre les sexes!".
Les voilà, les vraies paroles de tarées.


Il apparaît clairement, quand on connaît la vraie définition du mot féminisme (et non l'image déformée qu'en veut donner, entres autres, la télé), que les féministes ne sont ni folles, ni irraisonnables, mais qu'au contraire selon cette définition c'est la personne non féministe qui n'est pas très sensée, et n'a pas vraiment les pieds sur terre...
Les médias, et plus particulièrement la télé, se sont attelé à salir l'image des féministes en invitant, par exemple, des "féministes" repenties, expliquant qu'elles ont exagéré mais ne recommenceront plus. C'est cette image là, faussée et inexacte (pour en être persuadé/e il suffit de lire des livres de vrai/e/s féministes), que nous avons reçut, nous, la "jeune génération".
Par exemple, je me souviens avoir dit, vers dix ans, une fois qu'on avait abordé ce sujet avec des camarades:
"Je ne suis pas féministe: je suis juste pour l'égalité entre les sexes."
Je ne pouvais pas remarquer la contradiction dans ma phrase, car pour moi, les féministes étaient des femmes qui exagèrent et qui veulent faire le monde à l'envers. C'était l'image que m'avait transmise les médias (et à l'époque il ne me serait jamais venu à l'idée de mettre en doute les médias).

Les médias portent systématiquement la suspicion sur les féministes, qui seraient, selon eux, prisonnières d'une idéologie (celle de l'égalité?!), toujours partisanes et incapable de juger de façon "neutre".

Car parler du sexisme n'est pas "neutre". Ce qui est "neutre", c'est de ne pas en parler, de systématiquement éviter le thème, car parler de sexisme est en France tabou (en Allemagne par exemple non; les journaux, la radio, etc n'ont pas pris l'habitude française de systématiquement éviter le thème).