Attitudes et appréciations envers les hommes homosexuels 
en Allemagne de l'Ouest et en Allemagne de l'Est

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© Michael BOCHOW
Traduction Pierre DUTEY
Titre original : Einstellungen und Werthaltungen zu homosexuellen Männern in Ost- und Westdeutschland

Définition préliminaire des concepts.

La répression des rapports sexuels entre personnes du même sexe connaît en Europe une histoire millénaire. Le type de l'homme homosexuel, tel que nous le connaissons aujourd'hui, n'apparaît pourtant en Europe et en Amérique du nord qu'au XIXe siècle. Dans ce qui suit, quand il sera question des hommes homosexuels, cela renverra à un type social relativement nouveau, qui ne s'est développé jusqu'à sa forme contemporaine dans la plupart des sociétés industrielles occidentales qu'après la seconde guerre mondiale.

Une précision terminologique est également nécessaire en vue d'analyser les attitudes et appréciations qui se rencontrent actuellement : les termes de PRÉJUGÉ, DISCRIMINATION, HOMOPHOBIE, sont largement utilisés dans l'analyse des attitudes que développe la majorité hétérosexuelle à l'encontre de la minorité homosexuelle dans une société. De ce fait, il convient d'expliquer brièvement pourquoi, dans ce qui suit, les concepts de PRÉJUGÉ et HOMOPHOBIE seront évités.

Le concept de préjugé a été fondamentalement déterminé par ses connotations normatives. Sous ce rapport, les préjugés se caractérisent par des vues erronées, une base d'information pauvre, une généralisation abusive, de la rigidité et de l'inadéquation. A ce titre, la différence entre un préjugé et un JUGEMENT n'est cependant que de degré, en ce sens que les jugements ne sont pas immunisés contre l'erreur en matière d'hypothèses initiales, d'informations, de généralisations, etc. Par conséquent, les préjugés ne se distinguent des autres attitudes ou jugements ni par une structure interne foncièrement différente, ni par un caractère spécifiquement défectueux de leur processus d'élaboration : ils s'en distinguent au premier chef par leur indésirabilité sociale. "Le caractère normatif du préjugé se révèle tout particulièrement en ceci que les généralisations positives sont à peine vues comme des préjugés... Bien plutôt, le concept de préjugé est aujourd'hui circonscrit et limité aux attitudes négatives à l'encontre de groupes sociaux faibles". (Bergmann, 1987:10). Dans cette perspective, le concept de STÉRÉOTYPE s'avère plus ouvert pour appréhender toute la gamme des variations, des "jugements distanciés" aux "attitudes préconçues" et aux "jugements positifs et négatifs". Il conviendrait ici de se rappeller que la pensée des chercheurs en sciences sociales procède de nombreux stéréotypes, et que cela n'est aucunement un privilège réservé à l'homme de la rue.

De même, la catégorie d'homophobie, utilisée aux USA, sera évitée en pleine connaissance de cause. La phobie est un concept de psychologie clinique, que l'on peut cerner et définir de manière précise. En tant que "réaction de peur excessive et inadaptée", "liée à des constellations de stimuli hautement spécifiques" (Pschyrembel, 1986:1298), ce concept ne saurait décrire qu'un segment extrêmement étroit de ce qui est possible en matière d'attitudes et de modalités de réactions envers les homosexuels. De préférence à une acception plus large du terme, allant dans le sens d'une conception plutôt métaphorique de la phobie, telle que la présente la littérature des USA, nous utiliserons les catégories d'HOSTILITÉ ENVERS LES HOMOSEXUELS et d'ATTITUDE ANTIHOMOSEXUELLE. Ces termes embrassent un spectre réellement plus large, quant aux formes de réaction émotionnelles et psychiques, que le concept de phobie. L'hostilité envers les homosexuels ouvre par ailleurs un champ plus vaste que la notion de DISCRIMINATION. Si l'hostilité envers les homosexuels est sous-jacente à toute discrimination des homosexuels, qu'elle soit étatique, sociétale, ou individuelle, toute forme d'hostilité envers les homosexuels ne conduit pas pour autant de manière nécessaire à des discriminations légales ou sociales. Le concept d'hostilité envers les homosexuels s'applique donc mieux au domaine des attitudes et des appréciations. La discrimination ressort plus à des comportements individuels ou collectifs, situés à l'extérieur du champ exploré par ce projet de recherche. La signification sociale et politique que revêtent dans les sociétés bourgeoises développées les processus discriminatoires à l'encontre des hommes homosexuels, n'est par ailleurs pas contestée.

Echantillonnage et dispositif d'investigation

Dans ce qui suit, sont commentés certains résultats choisis parmi ceux d'une enquête représentative, dont j'ai conçu la méthode d'investigation ; elle a été réalisée en février et mars 1991 par l'institut GFM-GETAS de Hambourg. Ont été interrogés 1002 Allemands de l'Est et 1220 Allemands de l'Ouest. La totalité du projet de recherche a été financée sur les fonds du ministère fédéral pour la recherche et la technologie. L'interview a été présenté aux enquêtés comme un entretien portant sur d'importantes questions actuelles politiques ou sociales ; il n'était pas mentionné au départ qu'une grande partie des questions auraient pour objet les hommes homosexuels. L'entretien était construit en sorte que le thème "hommes homosexuels" n'apparaisse pas directement avant la 17ème question. Nous avions en outre veillé à ce que les questions relatives à la constellation thématique du sida n'interviennent pas avant la fin de l'entretien (questions 58 à 65). Celui-ci était entièrement standardisé ; les entretiens ont duré en moyenne 51 minutes en Allemagne de l'Ouest, et 60 minutes à l'Est. Afin de pouvoir analyser les attitudes et appréciations envers les hommes homosexuels comme une partie d'une configuration plus vaste d'attitudes, nous avons formulé une série de questions sur la position sociale de genre des enquêtés, sur le paragraphe 218, sur le droit de vote des immigrés aux élections locales, sur l'engagement religieux, la situation socio-économique, la manière de voter. Bon nombre de questions, qui devaient faire apparaître clairement les attitudes envers les hommes homosexuels, ont été reprises au matériel d'investigation proposé par Rüdiger Lautmann et Hanns Wienhold en 1974. L'enquête d'il y a deux ans rend ainsi loisible une double comparaison : comparaison synchronique quant aux attitudes des populations Est- et Ouest-allemandes en 1991, et comparaison de ces attitudes telles qu'elles étaient exprimées par la population Ouest-allemande en 1974 et 1991. L'enquête que nous avons menée peut à bon droit servir d'exemple, quant à l'importance d'utiliser un grand nombre d'indicateurs lors des enquêtes d'opinion, et quant au caractère problématique des résultats que peut induire, lors d'une enquête multi-thématique, l'usage sélectif d'un tout petit nombre de questions.

A la proposition "l'orientation sexuelle des gens m'est indifférente ; pourquoi devrais-je m'inquiéter de cela ?", 65 % des Allemands de l'Ouest et 69 % des Allemands de l'Est se disent d'accord en 1991. Déjà dans l'enquête de Lautmann et Wienhold (LAUTMANN, WIENHOLD : 1977) cette proposition recueillait l'assentiment d'une majorité des enquêtés, soit 55 %. Considéré isolément, cet accroissement de la majorité des enquêtés qui se dit d'accord avec une proposition marquant la tolérance (accroissement encore plus significatif sur l'axe du temps), pourrait être interprété comme l'indicateur d'une acceptation accrue de l'homosexualité. Cette supposition qu'au moins dans les grandes villes de RFA, on puisse rencontrer une acceptation relativement élevée de l'homosexualité, était également exprimée par de nombreux acteurs de la politique de prévention du sida vers la fin des années 80. Pourtant, l'analyse des accords et des désaccords à toute une série d'autres questions montre que les populations allemandes sont encore très éloignées, vis à vis des homosexuels, d'une tolérance fermement ancrée, consolidée en consensus majoritaire.

Attitudes relatives aux réglementations juridiques

Aujourd'hui comme hier, une partie significative de la population allemande s'exprime en faveur d'une discrimination sociale et professionnelle des hommes homosexuels. A comparer les résultats de l'enquête de Lautmann et Wienhold en 1974, et ceux de la nôtre en 1991, il apparaît à la vérité que parmi la population Ouest-allemande, la catégorie de ceux qui prônent des poursuites judiciaires, ou du moins une inégalité dans le traitement social des hommes homosexuels, cette catégorie s'est réduite. En 1974, 18,4 % souhaitaient une interdiction générale des comportements homosexuels : ils sont en 1991 13,4 % des Allemands de l'Ouest, et 9,7 % de ceux de l'Est. Plaident pour un renforcement du paragraphe 175 : 27 % des allemands de l'Ouest en 1974, contre 16 % en 1991, et 17 % à l'Est en 1991. En faveur d'une majorité sexuelle fixée à 14 ans tant pour les relations homo- qu'hétérosexuelles, votent en 1974 16 % des Allemands de l'Ouest, contre 29 % en 1991, et 35 % à l'Est cette même année. (Voudraient maintenir le §175 dans sa version actuelle : en 1971, 55 % des Allemands de l'Ouest, en 1991 55 % des allemands de l'Ouest et 47 % des Allemands de l'Est).

A ces résultats, on constate que seule une petite minorité de la population allemande voudrait encore voir l'homosexualité masculine globalement interdite. De même, un renforcement du paragraphe 175, qui en tout état de cause ne devrait pas mener à une interdiction totale des comportements homosexuels, n'est appelée de ses voeux que par moins d'un Allemand sur cinq, tant à l'Ouest qu'à l'Est. Si l'on aborde la possibilité de réglementer l'accès à certaines professions, il apparaît cependant qu'une majorité des gens, aujourd'hui comme hier, se prononce en faveur d'un traitement inégalitaire des hommes homo- et hétérosexuels. Une discrimination professionnelle des hommes homosexuels qui prendrait la forme d'une restriction à l'embauche, ou d'une interdiction d'embauche visant les emplois politiques et/ou le métier d'enseignant, recueillait en 1974 l'assentiment de 87 % des enquêtés. En 1991, il s'agit de 71 % des Allemands de l'Ouest et de 64 % des Allemands de l'Est. Si l'on distingue les personnes qui s'expriment en faveur de possibles restrictions, mais toutefois pas d'interdictions professionnelles strictes, il apparaît que chez les Allemands de l'Ouest, preque la moitié (45 %) prône pour les hommes homosexuels l'interdiction d'accès aux professions d'enseignant et/ou aux emplois politiques ; l'importance de cette catégorie est significativement moindre chez les Allemands de l'Est, avec un tiers (31 %). En 1974, 60 % des Allemands de l'Ouest interrogés se prononçaient en faveur de ce type d'interdictions professionnelles : un changement d'attitudes s'est donc manifesté ici aussi.

Distanciation sociale et pathologisation

Au début des années 90, 22 ans après la réforme du paragraphe 175, l'exigence d'une distance sociale à l'encontre des hommes homosexuels demeure écrasante. 61 % des Allemands de l'Ouest et 65 % de ceux de l'Est signalent sans équivoque qu'ils souhaiteraient éviter les contacts sociaux avec les hommes homosexuels ; seulement 31 % des Allemands de l'Ouest et 26 % des Allemands de l'Est font savoir qu'ils ne redoutent que peu ou pas ces contacts. Le besoin de distance sociale a été exploré par des questions portant sur les réactions vis à vis d'un homosexuel parmi les voisins, les collègues de travail, et sur l'existence d'hommes homosexuels dans les réseaux amicaux ou de proximité des amis et connaissances. Cette grande "demande de distance sociale", contrairement à d'autres attitudes manifestées, est restée constante. en 1974, 32 % des Allemands de l'Ouest interrogés disaient ne pas avoir de problèmes quant aux contacts sociaux avec des hommes homosexuels, ce qui est une proportion pratiquement identique à celle de 1991.

La distance sociale à l'encontre des hommes homosexuels, qui s'articule à travers les résultats de l'enquête, doit s'envisager sur l'arrière-plan suivant : une majorité des Allemands de l'Ouest et de l'Est interrogés considère encore une orientation sexuelle dirigée vers les personnes du même sexe comme un défaut irréversible dans le développement, ou comme un désordre sexuel susceptible de thérapie, ou encore comme un vice. Seulement 27 % des Allemands de l'Ouest et 33 % des Allemands de l'Est récusent l'ensemble des propositions définissant l'homosexualité comme un état pathologique ou un vice.

Si une claire majorité de la population allemande évite les contacts avec les hommes homosexuels, et considère une orientation sexuelle dirigée vers les personnes de même sexe comme un état pathologique ou vicieux, une minorité consistante exprime aussi la supposition qu'en présence d'hommes homosexuels, elle réagirait par des malaises psychosomatiques. 42 % des Allemands de l'Ouest interrogés entérinent la proposition selon laquelle ils se sentiraient "physiquement mal à l'aise" à proximité d'hommes homosexuels ; en 1974, il s'agissait de 46 % des enquêtés ; 35 % des Allemands de l'Est se prononcent en 1991 dans ce sens.

Orientation normative, orientation politique

Les données de l'enquête de 1991 attestent clairement l'existence d'un "syndrome d'attitudes", une hypothèse que Lautmann et Wienold pouvaient déjà corroborer grâce aux résultats de leur enquête de 1974. Une attitude défavorable ou hostile à l'encontre des hommes homosexuels ne se révèle pas comme trait isolé de la personnalité de l'individu particulier enquêté : elle s'entretisse au contraire avec un contexte hautement structuré de représentations, d'appréciations, et d'attitudes politiques.

L'hostilité envers les homosexuels est manifestement en correspondance avec l'orientation sur les rôles de sexe traditionnels, marqués par le patriarcat, et avec la récusation de l'égalité des chances dans la participation au jeu social et politique pour les étrangers et les jeunes immigrés, qui vivent en République Fédérale depuis des années. Les tenants d'un renforcement du paragraphe 175 sont aussi majoritairement pour une version restrictive du paragraphe 218. La compréhension envers les hommes homosexuels suit en Allemagne, comme aussi dans d'autres pays, le schéma politique Gauche-Droite. Le camp conservateur (CDU/CSU) admet la plus forte proportion en personnes hostiles aux homosexuels, quand inversement les électeurs de la coalition Verts/Alliance 90 ne sont au diapason anti-homosexuel que dans une proportion négligeable. Le SPD apparaît, tant à l'Ouest qu'à l'Est, comme véritable "parti du peuple", en ceci que l'ensemble de ses électeurs, pour ce qui concerne les différents indices, présente presque les valeurs moyennes de l'ensemble des enquêtés. Seuls, les électeurs du FDP s'échappent du schéma Gauche-Droite que nous avons esquissé. A ce que montre l'évaluation de leurs attitudes négatives envers les hommes homosexuels, ils se situent en Allemagne de l'Ouest entre le SPD et les Verts, et dans les nouveaux länder, entre le SPD et le PDS.

La participation à une Eglise et les sentiments religieux ont une influence comparable, dans leur signification, à la préférence partidaire. Parmi les fidèles de confession chrétienne qui sont moins fortement reliés à leur Eglise, et plus significativement encore dans le groupe des athées, la proportion des personnes hostiles aux homosexuels est plus restreinte que parmi les fidèles fortement reliés à leur Eglise. Les différences entre Catholiques et Protestants sont à peine significatives. Il est vrai que parmi les enquêtés de l'ex-RDA, 26 % seulement ressortissent à l'une des deux Eglises chrétiennes, contre 87 % en Allemagne de l'Ouest.

L'auto-définition par chacun de sa propre situation socio-économique s'avère elle aussi riche de sens. Le concept de "société des deux-tiers" a tout d'abord été explicité pour les enquêtés ; puis on leur a demandé s'ils pensaient appartenir plutôt aux deux tiers pour lesquels les choses vont plus ou moins bien, ou au tiers pour lequel elles vont mal. Dans ce contexte, il apparaît une liaison significative entre le sentiment de privation matérielle et l'attitude envers les hommes homosexuels. Les enquêtés qui affirment que pour eux-mêmes cela va plus mal que pour la "majorité des deux-tiers", sont dans une proportion significativement plus élevée hostiles aux homosexuels, par rapport au groupe de ceux qui jugent leur situation socio-économique plutôt positivement. La différence dramatique de situation économique entre anciens et nouveaux länder trouve également son expression drastique dans les déclarations des enquêtés. Le "tiers" qui dans l'ex-RFA représente les personnes pour lesquelles cela va réellement plus mal que pour la "majorité des deux-tiers", correspond au quart des enquêtés (22,5 %), tandis que dans la région de l'ex-RDA, proviennent de ce "tiers" la moitié des enquêtés (50,2 %) qui estiment leur situation sociale particulièrement précaire. D'un point de vue socio-démographique, ces deux groupes des "tiers" représentent aussi des catégories de personnes différentes. Dans l'ex-RFA, ce quart des enquêtés qui selon sa propre évaluation se trouve dans une situation économique difficile, ne dispose pas seulement de revenus moindres, mais aussi d'un capital culturel réellement plus bas que les enquêtés de l'ex-RDA qui se plaignent de leur mauvaise situation économique. Ceci n'est pas étonnant : les personnes socialement désavantagées des anciens länder peuvent être considérées comme d'authentiques "perdants du capitalisme" ; elles n'ont, indépendamment de la situation économique globale actuelle, aucune chance ou une toute petite chance de se libérer de leur misère sociale. Les enquêtés des nouveaux länder, qui réfèrent à la précarité de leur situation sociale et constituent la moitié de l'effectif total de l'échantillon à l'Est, sont des "perdants de la réunification" ; nombre d'entre eux, du fait de l'amélioration de la situation économique dans les nouveaux länder, ont une bonne chance de se hisser dans les "deux-tiers" de ceux qui ont les meilleurs revenus. Il est donc logique que la corrélation entre les attitudes hostiles aux homosexuels et la privation sociale soit beaucoup plus fortement marquée dans les anciens länder que dans les nouveaux.

Idnetité psychosexuelle et attitudes envers les hommes homosexuels

Des attitudes et appréciations hostiles aux homosexuels, des réactions ambivalentes envers eux ou des positionnements qui s'orientent plutôt vers un égalitarisme normatif et un universalisme, ne sont pas seulement partie constitutive d'un système de valeurs ancré, complexe et internalisé : ils sont aussi clairement dépendants des différents styles de vie sexuels. L'hostilité envers les homosexuels n'est pas tellement fixée à des opinions qui seraient quelconques quant à leur champ, restreintes quant aux situations impliquées, et de ce fait faciles à modifier : elle se présente au contraire comme fermement ancrée dans la biographie individuelle et l'identité psychosexuelle. Parmi les enquêtés, la partie hostile aux homosexuels a manifestement commencé plus tard son activité sexuelle, elle a selon sa propre estimation des rapports sexuels plus rares que les personnes de la même tranche d'âge, est moins satisfaite de la qualité des rapports sexuels qu'elle vit, et vit plus souvent de manière monogame, par rapport à ceux qui s'avèrent plus ouverts vis à vis des hommes homosexuels.

De ce fait, l'hostilité envers les homosexuels peut également s'envisager comme expression et résultat d'une hostilité plus générale envers la sexualité. En bonne logique, c'est dans une proportion significativement moindre que les personnes hostiles aux homosexuels prônent une prise en considération circonstanciée du thème de la sexualité à l'école. Et quand elles le font, c'est en voulant que dans ce cadre une attention plus limitée soit accordée au thème de l'homosexualité. Avec les personnes qui sont au diapason anti-homosexuel, il apparaît une plus forte orientation vers les rôles de sexe traditionnels déterminés par le patriarcat, et de plus grandes peurs de contact avec les choses de la sexualité.

La communication et la structure des interactions, dans le domaine intra-familial, sont également des facteurs qui paraissent influencer les attitudes et appréciations envers les hommes homosexuels. On a posé aux interviewés la question de savoir s'ils pouvaient parler de "choses tout à fait personnelles" seulement à l'intérieur de leur propre famille, ou aussi à l'extérieur. Il apparaît ici que les personnes dotées d'un comportement plus ouvert quant aux interactions et à la communication, et qui peuvent parler de choses personnelles aussi à l'extérieur de leur famille, sont réellement plus ouvertes envers les hommes homosexuels, par rapport à ceux qui ne trouvent d'interlocuteurs qu'à l'intérieur de leur famille pour leurs problèmes personnels. Les tendances anti-homosexuelles sont le plus fortement marquées chez ceux des enquêtés qui n'ont absolument personne avec qui ils puissent parler de choses personnelles. L'isolement social et le manque de possibilités de communication ont aussi, ce qui n'est pas nouveau mais que confirment une nouvelle fois les données présentes, des effets repérables sur les processus d'établissement de stéréotypes à tonalité négative à l'encontre des minorités, et favorisent une pensée par clichés.

Les attitudes entre l'aversion et l'acceptation

Si dans la population allemande la proportion de ceux qui prônent une interdiction directe des comportements homosexuels entre hommes s'est significativement réduite entre 1974 et 1991, pour ne plus représenter qu'un dizième des enquêtés, il reste à maintenir fermement que près de la moitié des Allemands de l'Ouest se trouve sous ce rapport dans un monde de représentations paranoïdes et persécutoires. Ceci doit être brièvement élucidé, grâce à un nouveau recours à l'assentiment recueilli par trois propositions. Ce sont les suivantes :

  1. "Ce que font les homosexuels, c'est bel et bien une cochonnerie. Ils devraient être castrés".

  2. "La tolérance n'est pas de mise ici, on n'a pas le droit de tolérer un comportement homosexuel".

  3. "On doit tout faire pour endiguer l'homosexualité, même chez les adultes. Il nous faut pour cela des textes répressifs encore plus sévères".

Sur la base de ces trois items, un index additif a été constitué. Il apparaît qu'en 1991, 61,5 % des Allemands de l'Ouest rejettent les trois propositions ; 21 % approuvent une castration des hommes homosexuels. Parmi les Allemands de l'Est, 67 % rejettent les trois propositions, et 13 % sont en faveur d'une castration des hommes homosexuels. Une moitié seulement des enquêtés (49 %) rejetaient en 1974 les trois propositions, et 36 % approuvaient une castration des hommes homosexuels. Cela signifie qu'entre 1974 et 1991, la proportion des personnes particulièrement hostiles aux hommes homosexuels a chuté parmi les Allemands de l'Ouest de 51 % à 39 % ; cela ne signifie par contre en aucun cas que la majorité de la population ouest-allemande soit exempte d'attitudes anti-homosexuelles. Nous n'insisterons pas davantage ici sur cette forme d'hostilité anti-homos, moins brutale mais pourtant massivement mise en oeuvre. Plutôt, il convient par un changement de perspective d'expliquer quelle proportion de tolérance distanciée, ou d'acceptation plus avancée des modes de vie homosexuels, se rencontre pour l'instant dans la population.

Comme indicateur de l'acceptation sans nuances ou de la tolérance réticente envers les hommes homosexuels, plus adapté que des déclarations générales du style "pourquoi devrais-je m'inquiéter à ce sujet, cela m'est indifférent", sera l'assentiment à des propositions qui entretiennent une proximité repérable avec le monde des enquêtés, à savoir celui de la majorité hétérosexuelle de la population. Par le biais d'une explication lors de l'interview, la discussion engagée depuis quelque temps a été amenée sur la situation juridique des couples non mariés. Il a alors été demandé si les couples homos ou lesbiens devraient être englobés par une disposition légale visant à une reconnaissance par l'Etat des communautés de vie non matrimoniales. Il apparaît que du moins 48 % des Allemands de l'Ouest, et même 56 % des Allemands de l'Est se prononcent pour que, dans le cas d'une disposition légale pour les couples non mariés, les couples homos et lesbiens soient mis sur le même pied que les couples hétérosexuels. L'assentiment à une disposition légale pour les couples homosexuels, et donc à leur reconnaissance, implique au moins la tolérance d'autres modes de vie que le mariage hétérosexuel, si ce n'est même une proportion accrue de tolérance passive envers l'homosexualité et les homosexuels. L'assentiment à l'ouverture du droit d'adoption pour les couples lesbiens ou homos tombe beaucoup plus bas, mais reste du moins défendue par une minorité considérable, en ce qui concerne les couples lesbiens. 30 % des Allemands de l'Ouest et 41 % de ceux de l'Est sont d'accord pour l'ouverture du droit d'adoption aux couples lesbiens, 24 % des Allemands de l'Ouest et 27 % des Allemands de l'Est l'accordent aussi aux couples homos. L'approbation d'une aussi forte minorité à l'ouverture du droit d'adoption aurait été, dans les années 70, probablement inconcevable.

Avec les résultats de l'enquête de 1991 que nous avons exposés, et grâce à la comparaison avec l'enquête de 1974, on pourrait montrer deux sortes de choses. L'hostilité envers les homosexuels, ou encore les attitudes de refus dans la population, ont décru en ce qui concerne le nombre de personnes qui les partagent. La proportion de gens dotés d'attitudes anti-homosexuelles reste cependant considérable, aujourd'hui comme hier : au moins un tiers de la population peut être classée comme fortement hostile aux homos, un second tiers est ambivalent, c'est à dire pas intégralement anti-homosexuel mais en aucun cas dépourvu d'attitudes de refus ou d'attitudes-clichés.

Deux choses méritent une explication :

  • Quels facteurs ont provoqué une diminution des attitudes anti-homosexuelles ?

  • Quels facteurs opèrent pour que les attitudes d'hostilité envers les homosexuels soient encore si virulentes chez une grande partie de la population ?

Pour la diminution des attitudes anti-homosexuelles

Jürgen Gerhards, dans sa recherche pour une "sociologie des émotions", parvint à la conclusion que "le codage culturel des émotions" est déterminé "avant tout, pour les vingt dernière années, non par un quelconque des renforcements pronostiqués par Norbert Elias quant au contrôle des affects, mais au contraire par un processus d'informalisation et de relâchement croissants des affects" (Gerhards 1988 : 204). Faisant suite à Heiner Meulemann (Meulemann 1985), Jürgens Gerhards suppose une corrélation entre l'avancée du processus de sécularisation des sociétés bourgeoises et une mutation de la culture des émotions, entre l'affaiblissement des représentations religieuses, essentiellement christiano-protestantes, et la diffusion croissante d'attitudes individualistes d'autodétermination, entre des attitudes hédonistes et le relâchement de normes morales sociétales et de règles culturelles relatives au sentiment. (Gerhard 1988 : 243). Comme preuves empiriques des processus de déploiement sociaux et culturels qu'il diagnostique, Gerhard cite le recul des seuils de pudeur et de gêne, ainsi que les attitudes transformées quant à la sexualité préconjugale, tous facteurs qui ont aussi massivement retenti dans une mutation du comportement sexuel des jeunes et des jeunes adultes au cours des 30 dernières années. Avec son analyse des sociétés industrielles occidentales, Ulrich Beck pointe dans la même direction : "il y a là des développements choquants : mariages sauvages, mariages sans acte de mariage, accroissement au carré des ménages à une seule personne, parents qui éduquent tout seuls, se traînent tout seuls, errent tout seuls" (Beck 1991 : 43).

L'augmentation significative du nombre d'enfants nés hors-mariage depuis les années 70 est pour Beck la preuve d'une mutation dans la forme d'existence de la cellule familiale. Le modèle traditionnel du cadre de vie dans la société industrielle capitaliste avec son emboîtement de cellules familiales et de classes marque de plus en plus faiblement les orientations normatives et les circonstances de vie, pour des tranches de populations élargies. L'individualisation des échelles de valeurs et des styles de vie s'accompagne d'une relativisation de la polarisation des sexes. Tous les processus de mutation sociale évoqués sont accompagnés, et sont partiellement la cause, d'un recul du pouvoir de marquage des rôles de sexe traditionnels, et d'une orientation croissante vers des modèles biographiques moins polaires. Vu sous cet angle, les hommes homosexuels profitent aussi bien des processus d'individualisation des sociétés industrielles, que des conquêtes du mouvement des femmes, qu'il soit bourgeois, socialiste, ou de la gauche alternative. Ils profitent du recul des valeurs conservatrices-familialistes chez la majorité hétérosexuelle de la population. Dans la société, l'adhérence normative entre sexualité et procréation n'a plus force d'obligation que pour une minorité. Comme le montre assurément la forte exigence individuelle de distance sociale à l'encontre des hommes homosexuels, le recul des attitudes directement hostiles dans la population, mis en évidence plus haut, ne peut s'assimiler d'emblée avec l'accroissement d'une acceptation sans restrictions. Dans le cadre des processus d'individualisation à l'oeuvre dans les sociétés bourgeoises-capitalistes, bien plus peut être tiré de l'accroissement d'une tolérance envers l'homosexualité et les homosexuels, qui reste ambivalente. C'est plutôt par le concept d'indifférence que par ceux de tolérance active ou d'acceptation, que de telles attitudes peuvent être caractérisées. Une telle appréciation peut supporter l'homosexualité, aussi longtemps que des hommes ou des femmes homosexuels ne pénètrent pas, volontairement ou non, l'espace social des personnes rencontrées. A peine 10 % des Allemands de l'Est admettent qu'ils ont pour amis des homosexuels hommes ou femmes, 12 % de plus parmi les Allemands de l'Est et de l'Ouest ont des hommes homosexuels parmi leurs connaissances. Trois quarts des Allemands, tant à l'Est qu'à l'Ouest, n'ont aucun homme homosexuel dans leur réseau de connaissances ou d'amis, ni parmi leurs collègues de travail. Une partie significative de cette majorité des trois-quarts de la population allemande se signale par une attitude en "laissez faire" envers les hommes homosexuels, plus qu'elle ne se sent tenue à une tolérance active. A quel point une telle permissivité indifférente peut être dépendante du contexte, cela peut s'illustrer par un exemple.

Stratégies contre le sida et attitudes de la "population générale"

Relativement à la question de l'âge adéquat de consentement aux relations sexuelles entre jeunes gens et hommes adultes, 13,4 % des enquêtés en Allemagne de l'Ouest, contre 9,7 % à l'Est, s'expriment comme nous l'avons déjà indiqué en faveur d'une interdiction de l'homosexualité masculine. Relativement à la question des mesures à prendre pour faire obstacle à une diffusion accrue du sida, 31 % des Allemands de l'Ouest et 27 % des Allemands de l'Est sont d'accord avec la proposition de "réintroduire l'interdiction des relations homosexuelles".

Les attitudes documentées sur la question de la politique anti-sida ne sont pas accordées de manière beaucoup plus optimiste. Durant les 8 dernières années, se sont développées dans les différents länder ouest-allemands des stratégies de prévention du sida, que l'on peut ranger idéalement dans deux "camps" pour les besoins de la démonstration (Cf. Becker/Clement 1990 : 219-220). Le camp qui en tient pour l'information s'appuie sur la responsabilité individuelle, et pense en confiance que les citoyens informés se protègent et protègent leurs partenaires. Le camp qui en tient pour le contrôle accorde moins de confiance à l'effet de la responsabilité individuelle et s'appuie en réalité plus sur le pouvoir de contrôle exercé par l'Etat. Les déclarations relatives au sida dans notre enquête se laissent pour une bonne part ranger dans des stratégies fondées respectivement sur le contrôle et sur l'auto-responsabilité. Constituons trois groupes selon ce critère : le groupe de ceux qui préconisent sans équivoque des stratégies de contrôle étatiques et sociales, le groupe de ceux qui en tiennent plus pour le discernement de chacun et la responsabilité individuelle, et le groupe des ambivalents ; il apparaît alors que le groupe "libéral", celui qui table sur la responsabilité individuelle, est le plus restreint. Lui appartiennent en Allemagne de l'Ouest 29 % des enquêtés, et 27 % en Allemagne de l'Est. Au groupe qui table sans équivoque sur des mesures répressives, ressortissent 33 % en Allemagne de l'Ouest, et 31 % en Allemagne de l'Est. Le groupe des ambivalents est plus large en allemagne de l'Est, avec 42 %, qu'en Allemagne de l'Ouest (38 %).

Pour la persistance d'attitudes Anti-homosexuelles

Nous avons déjà indiqué qu'à peine un quart des Allemands de l'Est et de l'Ouest avaient des hommes homosexuels dans le cercle de leurs amis, de leurs connaissances, ou de leurs collègues. Sans avaliser pour autant une interprétation naïve de l'hypothèse de contact (laquelle voudrait que les contacts sociaux avec les minorités mettent à bas l'hostilité et les peurs), nous pouvons cependant risquer la thèse, selon laquelle le groupe social des hommes homosexuels a une ampleur quantitative trop réduite pour modifier, via les processus d'interactions sociales, l'image traditionnelle qu'ont la majorité des gens. Selon toute probabilité, le groupe des hommes qui s'autodéfinissent comme homosexuels, qu'ils vivent ouvertement ou de manière cachée, ne représente pas plus de 4 % des hommes de plus de 20 ans. Cela signifie qu'à peine deux à trois pour cent des hommes adultes sont tout à fait repérables socialement comme étant ouvertement homosexuels. Ce n'est qu'avec ces deux à trois pour cent que la majorité hétérosexuelle de la population peut "bouger", d'un point de vue affectif et cognitif. Les deux à trois pour cent d'hommes "ouvertement homos" sont, en tant que "masse critique", trop insignifiants quantitativement pour modifier par les processus sociaux d'interactions les attitudes, appréciations, et réactions affectives de la majorité. Considéré sous cet angle, cela constitue un cercle vicieux. La tabouïsation, la stigmatisation, la marginalisation de l'homosexualité, aussi vigoureuses aujourd'hui qu'hier, conduisent à une visibilité sociale des hommes homosexuels relativement restreinte. Des comportements sexuels homosexués entre hommes qui ne s'auto-définissent pas comme homosexuels pourraient avoir lieu chez un ensemble de personnes quantitativement équivalent au groupe social des hommes homosexuels vivant ouvertement ou secrètement. Les hommes s'autodéfinissant comme homosexuels et les hommes ayant des contacts sexuels avec des personnes de même sexe (souvent mentionnés lors des conférences internationales sur le sida comme "men having sex with men") pourraient représenter ensemble 8 à 10 % de la population masculine de plus de 20 ans. Parmi ce dixième des hommes adultes, une moitié au maximum s'auto-définiraient comme homosexuels, et tout au plus un tiers, plus vraisemblablement un cinquième, auraient un style de vie ouvertement homosexuel.

Quand une thématisation de l'homosexualité et des hommes homosexuels existe chez les enquêtés, elle est déterminée au plus haut point par le traitement médiatique du sujet. 79 % des enquêtés en Allemagne de l'Est et 76 % en Allemagne de l'Ouest ont bel et bien abordé la question de l'homosexualité masculine dans le cercle de leur famille, de leurs amis, ou de leurs connaissances, mais seulement 13 % des Allemands de l'Est comme de l'Ouest l'ont fait fréquemment. 61 % des Allemands de l'Est, 56 % des Allemands de l'Ouest, n'ont abordé le thème "hommes homosexuels" dans leur environnement social que rarement, voire jamais. Quand le thème venait dans le champ de la parole, la cause en était à imputer aux médias pour 46 % des Allemands de l'Est et 42 % des Allemands de l'Ouest. Les groupes homos et les associations de lutte contre le sida n'ont suscité une thématisation de l'homosexualité masculine que chez 5 % des Allemands de l'Est et 7 % des Allemands de l'Ouest. Un événement social survenu parmi les amis ou les connaissances conduit à une thématisation chez 19 % des Allemands de l'Est et 20 % des Allemands de l'Ouest.

La seconde cause fondamentale expliquant l'incidence des attitudes anti-homosexuelles et de l'hostilité massive envers les homos, aussi forte aujourd'hui qu'hier, réside dans la construction sociale du masculin et du féminin dans notre société. A la question, thématisée dans un ouvrage à succès, de savoir "quand un homme est un homme" (Herbert Grönemeyer), une écrasante majorité des hommes et des femmes répond encore que des dimensions de sexualité, d'érotisme, voire de tendresse dans les rapports sociaux entre hommes, mettent en question le rôle de sexe socialement dévolu aux hommes. La définition socio-culturelle du masculin et du féminin qui est profondément enracinée ne tolère, aux yeux de la majorité des gens, aucun contact sexuel entre personnes du même sexe. Cette forme de construction sociale du masculin et du féminin est de ce fait, par ses effets, encore bien plus répandue et plus fondamentalement importante que la résistance et le refoulement par l'individu de ses propres impulsions homosexuelles, fréquemment invoqués pour expliquer un comportement anti-homosexuel.

Conclusions politiques

Même dans nos sociétés libérales, bourgeoises, orientées vers les droits de l'Homme en matière individuelle, l'hostilité envers les homosexuels est profondément ancrée. En vérité, elle l'est aussi bien dans la biographie singulière des individus que dans les réglementations institutionnalisées de notre société. L'hostilité envers les homosexuels, structurelle, n'a pas seulement des effets massifs sur les attitudes des hétérosexuels, mais aussi sur les modalités de socialisation des jeunes homos et lesbiennes. Les jeunes homos doivent encore et toujours faire leur "coming out and going public" dans un "vide normatif" (Dannecker/Reiche 1974 : 145) qui est toujours organisé de manière hétérosexuelle. Même chez les enseignants et les parents les plus tolérants, le cas de l'homosexualité est encore et toujours considéré comme une exception regrettable. A l'hostilité envers les homosexuels de notre société, structurelle, doit répondre un contre-concept structurel. Les concepts des stratégies de prévention du sida, qui poursuivent des buts plus limités, doivent également avoir cela présent à l'esprit. Dans la prévention du sida, il faut insister sur des zones franches revenant à des minorités qui ne peuvent pour partie pas suivre le "mainstream" de ce qu'on appelle la population générale, ou, ce qui est encore plus important, ne veulent pas le suivre du tout. Dans de nombreuses déclarations officielles de la AIDS-Hilfe, on discerne la représentation d'une contre-culture homo, d'emblée remplie par ce vide normatif dans lequel la culture du mainstream hétérosexuel pousse aujourd'hui comme hier homos et lesbiennes. Si ce n'est pas désigné ainsi dans le "wording" de la AIDS-Hilfe, il n'en reste pas moins adéquat d'utiliser ce concept de contre-culture dans une perspective de recherche en sciences sociales. Une politique des minorités qui viserait le succès, c'est à dire qui reflèterait ses hypothèses de départ, devrait à l'avenir garantir et souligner plus vigoureusement le droit à la différence des minorités qui vivent en Allemagne. Une politique de prévention visant des groupes ciblés devrait s'entendre comme susceptible d'être rattachée à une politique des minorités à valeurs nécessairement universelles, ce qui veut dire le droit à la différence culturelle, religieuse, politique, tout autant que le droit à la différence dans l'orientation sexuelle.

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