LA PROBLEMATIQUE DES VIOLENCES SEXUELLESEN AFRIQUE:  

LE CAS DE LA COTE D'IVOIRE

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Par Sylvestre René ASSA'A NGUEFACK
Secrétaire Exécutif S.O.S. Violences Sexuelles

INTRODUCTION

Ces dernières années, le monde a été bouleversé par quelques cas des violences sexuelles qui ont réveillé les peurs et les fantasmes au sein de la population, amenant ainsi les spécialistes des sciences humaines à s'interroger une fois de plus sur les causes et les mécanismes qui sous-tendent la genèse de certaines perversions.

En effet, le viol et l'assassinat perpétré sur des petits enfants un peu partout dans le monde, et le nombre de plus en plus croissant de violences sexuelles commises sur les femmes inquiètent toutes les nations, qui s'efforcent de mettre sur pied des lois et programmes visant à prévenir et à lutter contre ce genre de pratique.

La violence sexuelle peut être définie comme un contact sexuel imposé par la force, soit par la disparité des pouvoirs (enfants, adolescents, personnes en proie à des difficultés). Elle comprend aussi bien l'exhibitionnisme et le harcèlement, même s'ils ne sont pas assorti du contact physique, que des comportements plus graves et plus répréhensibles (pédophilie, viol, sadisme, masochisme etc.) aux cours desquels des prestations sexuelles sont obtenues par la force, les contraintes, les coups, parfois mortels.

1 LES VIOLENCES SEXUELLES EN AFRIQUE

En Afrique et au Moyen Orient, le phénomène des violences sexuelles n'est pas nouveau. Il prend successivement trois visages qui sont les suivants

D'abord celui des petites bonnes, ces jeunes filles envoyées par leur famille à la ville, chez des parents ou des connaissances, et qui se trouvent terriblement exploitées - y compris sexuellement - dans leur famille d'accueil.

Les abus sexuels se développent à la suite des guerres et des conflits civils, dans les camps des réfugiés où les enfants et les adolescentes sont sans protection.

Enfin, en Afrique comme dans l'ensemble du monde arabe, se pratique le mariage d'enfants où de très jeunes filles se marient avec des hommes qui pourraient être leur père. Ce qui est une façon d'abuser sexuellement d'un enfant ou d'une adolescente, même lorsque cet abus prend l'aspect respectable du mariage.

II L'APPARITION DES PHENOMENES NOUVEAUX

A côté des violences sexuelles susmentionnées, se développe une nouvelle forme d'agressions particulièrement dangereuses pour la société car, l'agresseur retrouve son plaisir dans la souffrance physique et psychologique de sa victime. Dans le pire des cas, il assouvit ses fantasmes en violant et en tuant ses partenaires. En côte d'Ivoire, le phénomène semble évolué avec une allure surprenante.

Ces derniers jours, la presse ivoirienne fait état de cas de viols et d'assassinats perpétrés sur des femmes et des adolescentes.

On note aussi l'apparition des phénomènes tel que le tourisme sexuel, et même l'existence des réseaux de pédophiles et proxénètes d'enfants. Nous avons pu recueillir des informations selon lesquelles la Côte d'Ivoire serait une base de recrutement d'enfants qui seraient exploités à des fins commerciales dans certains pays d'Afrique Centrale et de France.

III - QUELQUES STATISTIQUES

Pour confirmer nos hypothèses sur la gravité des violences sexuelles, nous avons effectué une enquête dans la ville d'Abidjan. Cette enquête consistait à interroger deux cent (200) femmes et adolescentes, afin d'avoir de plus amples informations sur l'intensité du phénomène. Les résultats de ces travaux nous ont montré que le phénomène est plus alarmant qu'on ne croit. Ainsi, sur les 200 personnes interrogées, 97,5% affirme avoir été témoin auditif ou oculaire d'agression sexuelle sur une personne féminine ou un enfant.

Dans 36,41% des cas, l'agression est perpétrée sur un proche.

Lorsqu'on va plus loin en interrogeant les sujets si elles-mêmes ont été une fois victime du phénomène dans leur vie, 16,5% d'entre elles affirment avoir été violées.

9,09% de ces victimes ont connu ce problème dans l'enfance pendant que 6,06% affirment l'avoir été à l'âge adulte.

Il est important de noter que le taux de 16,5% par rapport aux victimes déjà alarmant est inférieur à la réalité. En effet, compte tenu de certaines résistances et préjugés, certaines victimes ont préféré ne pas dire la vérité pour semble-t-il sauvegarder leur honneur.

On retiendra ainsi qu'il y a un groupe de victimes " intermédiaires " dans une proportion de 10% qui affirment avoir été l'objet d'au moins une tentative de viol.

Parmi les sentiments éprouvés lorsque la victime est une tierce personne -1 52,5 % de sujets interrogés affirment avoir été en état de choc, venait ensuite le sentiment de pitié pour la victime dans une proportion de 15,5% , de colère et de haine à 11 % ; suivent ensuite respectivement la peur 9,5 %, la révolte 7% ; la haine et le dégoût 4,5%.

Ces sentiments ne sont pas absents lorsque la personne elle-même est victime, seulement la hiérarchie change. Ainsi, 44,68% des victimes éprouvent préférentiellement des sentiments de haine et de vengeance, choc et traumatisme (25,53%), peur et méfiance (21,27%) et la honte ( 4,25 %).

On pourrait alors se demander la démarche entreprise par toutes ces personnes victimes.

Le constat est tout simplement amer. En effet, 69% des personnes victimes d'un viol avouent n'avoir rien fait à la suite de cela, même si elles se sentent marquées à jamais par une telle ignominie.

Sur le plan juridique, seule 14,58% d'entre elles ont engagés une poursuite contre l'agresseur.

C'est pour répondre à cette urgente que nous avons mis sur SOS Violences Sexuelles question afin palier à ce manque qui se constate de plus en plus.

IV - LES CONSEQUENCES.

Nous classerons les conséquences des violences sexuelles en deux catégories : les conséquences physiques et les conséquences psychologiques.

A - Les conséquences physiques : En dehors des blessures physiques qui accompagnent les violences sexuelles, le danger réel demeure les MST et la contamination au virus du SIDA. Les femmes et les enfants victimes des abus sexuels sont terriblement exposés au virus du SIDA. Chaque année, on note plusieurs cas de contamination au VIH contracter lors d'un viol.

L'un des problèmes majeur des violences sexuelles est aussi le problème des grossesses non désirées. Les femmes et les enfants victimes des abus sexuels sont constamment exposées aux risques de contracter une grossesse non désirée. Cette grossesse est d'autant plus traumatisante dans la mesure ou la femme ou jeune fille porte l'enfant d'un " ennemi ", d'un " bourreau ". Dans la plupart des cas, elles ont recours à une interruption volontaire de grossesse pour effacer l'humiliation dont elles ont été victime.

B - Les conséquences psychologiques 

Les traumatismes psychologiques qui accompagnent toutes formes d'agressions charnelles restent l'aspect le plus destructif et le plus ruinant des violences sexuelles. Nous énumérerons ici quelques conséquences psychologiques liées aux abus sexuels : la frigidité, le vaginisme, La pseudo-stérilité, les phobies, les inhibitions, l'obsession, les hallucinations visuelles et auditives, l'angoisse et l'anxiété, la dépression, la mélancolie, les troubles psychosomatiques... Tous ces événements vécus constituent des charges afectivo-émotionnelles latentes pouvant dégénérer à tout moment si l'on n'aide pas la victime à s'en sortir.

V - FAIRE FACE A CETTE SITUATION ?

A - Lutte contre les violences sexuelles.

La lutte contre les violences sexuelles pourrait paraître perdue d'avance, à cause des ramifications que prend le phénomène. Somme toute, le combat ne fait que commencer. Que faire donc aujourd'hui pour protéger les femmes et les enfants de cet extraordinaire cynisme ?

1 - Former, face aux réseaux des pédophiles, des déviants, des proxénètes, de touristes d'enfants ... un contre réseau où se retrouvent des policiers, des psychologues, des journalistes, des magistrats, des activistes de droit de l'enfant Etc. afin de freiner avec efficacité l'avancée spectaculaire du phénomène.

2 - Appliquer avec rigueur les lois qui permettent de réprimer ceux qui commettent les agressions sexuelles.

3 - Mettre sur pied une unité de traitement de déviants sexuels afin d'éviter les récidives.

B - Comment aider les victimes ?

La plupart des spécialistes sont unanimes sur le fait que la prise en charge psychologique est la première étape du processus thérapeutique. Généralement, la victime se replie sur son silence et sa souffrance, et attend des mois, parfois des années avant de déballer l'agression dont elle a été victime. Il faut donc mobiliser autour de la victime un ensemble de stratégies pouvant l'aider à se libérer des idées obsédantes qui sont désormais ancrées au plus profond de son être.

Les psychologues et les associations soulignent qu'il faut prendre en charge les enfants et les femmes violentés, car les agresseurs sexuels ont souvent été eux-mêmes victimes d'abus dans l'enfance ou à un moment donné de leur vie.

CONCLUSION

Comme nous le constatons, ce qu'il faut faire est immense, mais rien n'est urgent que de mettre en oeuvre une véritable stratégie permettant enfin de protéger ou d'assister ce que les hommes ont de tout temps considéré comme leur bien le plus précieux: leurs enfants. C'est d'ailleurs cette raison qui nous a poussé à mettre sur pied l'association dénommée S.O.S. Violences Sexuelles dont l'ambition première est la lutte contre les violences sexuelles et l'assistance aux victimes. Nous avons une tâche difficile devant nous, mais nous nous sommes donné comme défis de braver tous les obstacles afin de réaliser notre programme d'activité, à savoir la lutte contre les violences sexuelles et les autres maux liés à cette pratique. Aussi, nous invitons toutes les personnes acquises à la cause de la femme et de l'enfant (Bailleurs de fond nationaux et internationaux, responsables d'ONG, Associations, Activistes du droit de la femme et de l'enfant, Journalistes, Psychologues ... ) de soutenir notre action et de nous aider afin de rendre ce combat plus concret. Vous pouvez nous écrire à l'adresse suivante -

S.O.S. Violences Sexuelles
06 BP 1889 Abidjan 06
COTE D'IVOIRE
TEL : (225) 48 - 55 - 81

S.O.S. Violences Sexuelles est une Organisation Non Gouvernementale, laïque, apolitique et à but non lucratif qui a vu le jour en Juillet 1997 à la suite de notre constat d’une très forte émergence des abus sexuels à Abidjan et dans ses environs. L'organisation qui est une grande première en Afrique, se propose de combattre ce fléau et les autres maux qui les accompagnent (traumatismes psychologiques, grossesses non désirées, MST/VIH/SIDA…) et d’apporter une assistance morale, psychologique et juridique aux personnes victimes.