Les hommes et la violence 

à l'égard des femmes

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Strasbourg, le 20 août 1999       EG/SEM/VIO (99) 18   
Actes du Séminaire:  Séminaire les hommes et la violence à l'égard des femmes
à voir sur notre autre site www.eurowrc.org  

 

SÉMINAIRE

LES HOMMES ET LA VIOLENCE 

À L'ÉGARD DES FEMMES

Palais de l'Europe
Strasbourg
7-8 octobre 1999

Résumé des rapports qui ont été présentés

Comparer les méthodologies utilisées pour étudier la violence à l'égard des femmes

Sylvia Walby, Université de Leeds, Royaume-Uni

La méthodologie utilisée pour étudier l'ampleur et la nature de la violence à l'égard des femmes est diverse et a progressé rapidement. La conception de la recherche pose de nombreux dilemmes si l'on veut obtenir l'équilibre approprié entre les problèmes essentiels, par exemple, parvenir à une plus grande représentativité sans rien sacrifier du contenu des rapports dans le contexte de restrictions financières et d'impératifs éthiques. Le présent document porte sur une comparaison des méthodologies utilisées dans plusieurs des nouvelles enquêtes nationales sur la violence à l'égard des femmes (dans le cadre d'un projet de recherche financé par la fondation Nuffield). Nous analyserons les répercussions des différences de méthodologie sur les différents résultats obtenus dans les divers pays et sur la théorisation de la violence à l'égard des femmes.

Représentations de la violence masculine envers des proches aux Etats-Unis et en Pologne

Renate Klein, Université du Maine, Etats-Unis et Anna Kwiatkowska, Université de Bialystok, Pologne

La signification de la violence masculine envers des proches demeure une source de polémique et remet en cause les hypothèses conceptuelles et méthodologiques. Nous partons du principe que les représentations de la violence selon le sexe sont construites, la plupart du temps, à partir d'informations contextuelles incomplètes et sont souvent négligées, bien qu'elles soient essentielles pour interpréter les réponses à la violence, et les réflexions à ce sujet. Par exemple, les questionnaires qui ne considèrent une action violente que selon des critères de sexe "privilégient", dans les faits, les représentations sexuées de la violence sans les reconnaître, rendant ainsi des actions apparemment comparables alors qu'elles ne le sont pas.

La manière dont nous interprétons la violence envers des proches ne tient pas compte non plus des représentations que l'on a de soi et de l'autre, en particulier, la mesure dans laquelle, je et l'autre sont perçus comme des entités distinctes. Il ressort clairement de recherches identitaires que la distinction entre moi et l'autre nous permet de mieux dissocier les sentiments, les besoins et les objectifs que l'on a de l'autre, et risque donc d'influencer la mesure dans laquelle nous interprétons le comportement d'autrui en fonction de la compréhension que nous avons de nous-mêmes.

Nous rendons compte des conclusions préliminaires d'une étude comparative dans le cadre de laquelle nous avons évalué les différences entre je et l'autre et les représentations de la violence à partir de réponses données en Pologne et aux Etats-Unis. En étudiant le rôle de la distinction entre je et l'autre dans le lexique personnel des personnes interrogées, nous montrons comment les représentations de la violence masculine se confondent avec celles de la violence féminine tout en étant nettement différentes.

La dimension sexuée de la recherche sur la violence des hommes envers des femmes qu'ils connaissent

Jalna Hanmer, université Metropolitan de Leeds, Royaume-Uni et Jeff Hearn, Université de Manchester, Royaume-Uni et Université Abo Akademi, Finlande

Si le caractère sexué de la violence est aujourd'hui clairement reconnu on parle beaucoup moins souvent de celui de la recherche sur la violence. Dans le cadre de cet exposé, nous montrerons comment la recherche sur la violence sexuée, en particulier la violence des hommes envers des femmes qu'ils connaissent, est elle-même sexuée. Cette analyse pose des problèmes généraux d'ordre épistémologique et méthodologique, nous nous demandons qui effectue la recherche et pourquoi; si l'analyse porte essentiellement sur la manière dont les femmes ressentent la violence masculine, ou bien sur la manière dont les hommes ressentent leur propre violence; s'il existe une discrimination entre les sexes pour ce qui est de l'accès, dans le cadre de la recherche, organismes et agences par exemple; si les méthodes de recherche sont sexuées, par exemple si les problèmes abordés lors d'entretiens qualitatifs sont différents; nous aborderons les problèmes d'éthique, de confidentialité et de sécurité et d'organisation des projets et unités de recherche sur la violence entre les sexes. Nous nous appuierons sur un certain nombre d'exemples de recherche, y compris des recherches en collaboration auxquelles ont participé des femmes enquêtant sur l'expérience d'autres femmes et des hommes faisant de même avec d'autres hommes; nous examinerons comment les organismes utilisent les résultats de la recherche active pour élaborer leur politique et nous évoquerons les travaux menés pour évaluer un nouveau modèle opérationnel qui permettrait de limiter, par le biais de mesures diverses, le nombre de cas de violence conjugale à répétition.

Expliquer la tendance à utiliser la violence

Carol Hagemann-White et Christiane Micus, Université d'Osnabrück, Allemagne

Le document vise à analyser les raisons pour lesquelles les garçons ou les hommes en viennent à avoir recours à la violence; il vise également à évaluer le rôle que les différentes approches théoriques peuvent jouer pour repérer ses "points de rupture" éventuels dans la vie des hommes. Nous examinerons deux grands types de théorie: les théories qui portent sur les origines (comment les pulsions violentes se développent-elles, et comment le lien avec la masculinité se forme-t-il?, quelles en sont les causes?) et celles qui expliquent les objectifs et les stratégies (pourquoi et comment les hommes décident-ils d'y avoir recours et pourquoi cela marche). Nous examinons un certain nombre d'explications pour comprendre comment et pourquoi le penchant à utiliser la violence peut évoluer au cours des différentes phases de la vie et en fonction de circonstances particulières; nous prenons, à titre d'exemple, le développement de l'enfant avant qu'il ne soit scolarisé, l'adolescence et les événements marquants dans la vie d'un individu.

Les explications de la violence masculine, la psychanalyse, la théorie féministe et le mouvement des "nouveaux" hommes

Ursula Müller, Université de Bielefeld, Allemagne

Le document présente brièvement les explications psychoanalytiques récentes de la violence masculine, entremêlées de discussions et critiques féministes. L'examen de publications récentes écrites par des hommes – qu'il s'agisse de "livres sur les hommes" prenant la forme de recherches sérieuses ou d'ouvrages populaires (en l'occurrence, les blessures des hommes) – permet de dégager la conclusion suivante dans bon nombre de ces ouvrages, aussi divers soient-ils, un schéma de culpabilité prédomine chez les femmes (en particulier chez les mères) de façon explicite ou subtile. Certains éléments sont examinés: la manière de replacer les concepts qui privilégient la psychologie avec dans le contexte de l'analyse sociologique, la compréhension de la structure et de la culture actuelles, de l'attrait hétérosexuel et de l'engagement affectif.

Grandir dans la proximité de la violence: les adolescents(es) racontent la violence familiale

Katarina Weinehall, Université d'Umeå, Suède

Dans cette étude, la parole est donnée à des adolescent(e)s (13-19 ans). Le but est de connaître les conditions de socialisation dans la proximité de la violence en écoutant les adolescent(e)s parler de leur vie lorsque la violence est quotidienne, en interprétant leurs récits et en essayant de comprendre.

Quinze adolescent(e)s vivant en Suède se sont porté(e)s volontaires pour participer à l'étude. Ils/elles ont chacun fait l'objet de six à dix entretiens sur une période de quatre ans. Les questions ont avant tout porté sur l'expérience que les adolescent(e)s ont de la violence au sein de la famille, les stratégies qu'ils/elles adoptent pour faire face à un environnement familial violent et l'image qu'ils ont d'eux-mêmes/d'elles-mêmes.

Le tableau brossé a avant tout été analysé et l'interprété en fonction de théories de la violence sexualisée (aspects du pouvoir et de l'appartenance à un sexe déterminé), de la capacité à faire face, de l'inaptitude à "rebondir" et de l'héritage social de comportements violents (transmission de la violence d'une génération à l'autre).

Il ressort des résultats que les jeunes sont confrontés à la violence, soit comme témoins, soit comme victimes de la violence perpétrée par leurs pères. Les enfants font l'objet de menaces pour qu'ils gardent le silence et d'où un sentiment d'impuissance et de solitude. A l'école on les considère comme différents, ils sont malmenés par leurs pairs et négligés par les adultes. Dans le cadre de cette double victimisation, ils ont le sentiment d'être de trop et de n'être bons à rien. Si l'enfant brise la loi du silence et cherche de l'aide, il se rend compte qu'il est trahi, en premier lieu par les autorités sociales. L'absence d'éléments de protection et de compréhension de la part des adultes est quasiment totale. Le contact très utile avec des pairs leur est également refusé. Les enfants se sentent complètement abandonnés. Avec leurs propres ressources, ils parviennent toutefois à formuler leurs pensées, à trouver un sens à ce qui leur arrive et à survivre.

Les adolescents en tant qu'acteurs violents dans les communautés roumaines d'aujourd'hui

Anca Dumitrescu et Elena Penteleiciuc, Université de Bucarest, Roumanie

Au cours des neuf dernières années de la transition entre l'économie communiste fortement centralisée et l'économie de marché, période qui a nécessité de nombreux efforts et entraîne des difficultés financières, la montée de la violence parmi les adolescents roumains est devenue un problème inquiétant. Le document vise à recenser les principales causes de cette évolution qui fait des adolescents des acteurs violents. Cette violence prend notamment la forme de vols, de vols qualifiés, de coups et blessures, d'agressions mortelles, de meurtres. C'est seulement en 1996 que le service national pour la prévention de la criminalité a été créé au sein de la direction générale de la police; il a pour mission d'effectuer des études et de prendre des mesures appropriées dans divers cas d'infraction à la loi, y compris de criminalité juvénile. Il sera question, lors de cette présentation, des nouveaux établissements de rééducation qui accueillent les adolescents ayant un casier judiciaire afin de faciliter leur réinsertion sociale.

Les racines socio-économiques des cas de la violence masculine à l'égard des femmes en Russie

Mme Vera Gracheva, Fédération de Russie

Le texte complet sera distribué lors du Séminaire.

La contribution de l'armée et du discours militaire à la construction de la masculinité dans la société

Uta Klein, Université de Münster, Allemagne

Prenant comme point de départ une étude des relations hommes-femmes dans les milieux militaire et civil de la société israélienne, cette présentation devrait être centrée sur des résultats et des conclusions généralisables. Le service militaire peut être décrit comme un rite de passage au monde des adultes, – en fait au monde des hommes (malgré la présence de femmes dans la plupart des armées occidentales). La construction de la masculinité hégémonique, dont le symbole clé est celui du combattant, est un processus systématique qui consiste à sexualiser les femmes et à dévaloriser ce qui est considéré comme féminin (par l'intermédiaire des rituels de la soumission, de l'exercice, de la formation d'une solidarité entre hommes et du langage militaire). Ce processus est particulièrement efficace en raison de l'âge des recrues. Dans les sociétés où la nécessité d'une défense et d'une sécurité fait l'objet d'un vaste consensus dans la population, et où la présence et le discours militaires dans la vie publique sont importants (on pourrait citer ici des exemples) et dans les sociétés qui pratiquent la conscription, cette image de la masculinité devient l'image dominante et hégémonique. Elle met en évidence l'évolution que Bourdieu qualifie d'habitus dans le sens d'un système de dispositions durables et transposables qui, en intégrant les expériences antérieures, fonctionne à tout moment comme une matrice de perceptions, d'appréciations et d'actions. Cet habitus peut être appliqué au monde civil et servir à illustrer la masculinité dans la société au sens large. L'auteur aborde les conditions du démantèlement de ce processus (mise en place d'un service différent pour promouvoir une image différente, séparation du lien entre les fonctions de défense et celles de protection pour la société et pour les hommes et les femmes).

La violence des hommes à l'égard des femmes et des enfants dans des situations de conflit armé

Mme Dubrovka Kocijan Hercigonja, Zagreb

Le texte complet sera distribué lors du Séminaire.

L’optique du Bureau régional pour l’Europe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS/Euro) sur la question de la violence

Mme Kirsten Staehr Johansen, D.D.S, M.D.

C’est surtout en Amérique du Nord que l’on a procédé à des recherches sur la violence à l’égard des femmes enceintes et ses incidences périnatales. Jusqu’à une date récente, il n’existait qu’une seule étude à ce sujet en Europe (celle du Dr Berit Shei, consultante de l’OMS/Euro sur la santé des femmes, 1988, Norvège). Aujourd’hui, cette question est, dans la région européenne, au centre de plusieurs projets qui se rattachent directement ou indirectement aux programmes de l'OMS/Euro.

Une étude suédoise (ayant pour auteur Lena Widding Hedin, de l’université de Göteborg) et une étude britannique (de Lauren Bacchus) ont été achevées cette année.

Il s’agit dans les deux cas d’études de prévalence, axées sur les incidences obstétricales, dont l’importance tient à leur retentissement sur la pratique clinique.

L’OMS/Euro réalise actuellement sur ce thème plusieurs projets, qui ont été intégrés à divers plans de travail du programme d’ensemble. Les plus significatifs sont:

1. l’enquête nationale menée au Tadjikistan dans le cadre du Programme pour la santé de la mère et de l’enfant;

2. la collecte, l’analyse et la synthèse des données relatives à la violence en cours de grossesse, qui font partie du projet OBSQID (Gestion de la qualité et développement des soins périnataux) réalisé dans le cadre du Programme pour la qualité des soins et des techniques.

Cette question figure aussi dans le Programme pour la santé mentale.

Ces projets comprennent des enquêtes portant aussi bien sur des hommes violents que sur des hommes non violents.

1.         L’enquête nationale au Tadjikistan

Il s’agit d’une enquête nationale sur la violence en cas de conflit armé. Elle est essentiellement axée sur l’expérience féminine de la violence, mais elle porte aussi sur les rôles dévolus aux deux sexes et sur la perception masculine de la violence.

2. La violence en cours de grossesse, les facteurs de risque, la prévention et l’intervention 

Partie intégrante du projet OBSQID, cette enquête aborde directement le problème de la violence liée à la grossesse.

En 1997, on a incorporé des questions sur la violence parmi les cinquante indicateurs et paramètres de la fiche d’information de base, qui contient des données périnatales concrètes. On y a également inséré une question sur le bien-être du père.

Cette étude pilote comparative a pour objet d’identifier les personnes qui risquent d’être exposées à la violence conjugale dans différents milieux culturels et différentes régions.

Puisqu’il s’agit essentiellement d’une étude de prévalence intéressant plusieurs pays européens (Belgique, Danemark, Israël, Malte, Albanie, Pologne, Slovaquie, Estonie, Géorgie, Kirghizistan et Russie), elle est destinée à mettre en lumière l’ampleur transculturelle du problème de la violence en cours de grossesse.

La partie qualitative de l’étude comprend des interviews de femmes, dont la plupart ont été menées dans des asiles féminins de Copenhague (1997-1998) et des interviews d’hommes violents et non violents (au Danemark). L’accent est placé sur ce que ressentent les hommes devant la grossesse de leur partenaire. Or, les réponses recueillies font bien apparaître le syndrome dit de Couvade, phénomène dans lequel les futurs pères perçoivent des symptômes somatiques ou psychosomatiques pendant la grossesse de leur partenaire. Les interviews avec les hommes cherchent par ailleurs à déterminer jusqu’à quel point le fait d’avoir été, enfant, victime ou témoin de maltraitance peut affecter le comportement d’un homme dans sa relation avec sa partenaire, en particulier lorsque celle-ci est enceinte. L’étude pose également la question de l’influence de la maltraitance sur le projet de grossesse. Quand la violence commence-t-elle? Quels en sont les facteurs déclenchants – a-t-on relevé des changements au cours de la grossesse de la partenaire? Comment les intéressés justifient-ils leurs actes et, en règle générale, comment les expliquent-ils eux-mêmes?

Toutes ces études, qui diffèrent par les échantillons de population, les objectifs et les méthodes, montrent que la violence ne cesse pas pendant la grossesse, même si elle change parfois de forme.

Les hommes âgés et la maltraitance des personnes âgées

Bridget Penhale, Université de Hull, Royaume-Uni

Dans tous les ouvrages de plus en plus nombreux sur la maltraitance des personnes âgées, il apparaît que les hommes risquent davantage d'infliger des mauvais traitements que les femmes, et que celles-ci sont plus susceptibles d'être victimes de maltraitance que les hommes. On peut parfois en conclure que les hommes sont les auteurs de violence, ceux qui la perpétuent, et les femmes les victimes, celles qui la subissent. D'un point de vue numérique les choses sont claires, mais il faut comprendre la maltraitance en la plaçant dans un cadre plus large. Cela exige que l'on soit attentif au contexte dans lequel elle s'inscrit et aux rapports de force violents dans une société marquée par l'inégalité, y compris la prise en considération des femmes en tant qu'auteurs de violence, et des hommes en tant que victimes. Il est intéressant de voir que Kosberg (1998) donne des éléments permettant d'accréditer l'idée d'un retour du "balancier" s'il y a eu maltraitance dans le passé; de son côté, Jack (1994) place les mauvais traitements que des femmes infligent à d'autres femmes et ceux affligés par des femmes à des hommes dans le contexte d'échanges ayant lieu au sein d'une société qui fonctionne mal et est tyrannique.

Il est peut être opportun de placer la compréhension de la maltraitance dans le cadre théorique de la psychologie et de l'étiquetage sociaux. On associe les hommes âgés à l'agressivité, la perversion et la crainte de vieillir et de décliner. Dans ce contexte, les médias et les organismes de protection sociale tiennent un discours qui permet de comprendre la maltraitance. Il est possible, en examinant la manière dont ce discours est construit, de présenter sous un éclairage nouveau notre compréhension de la maltraitance et sa nature sexuée.

Le document examine les données existantes sur le nombre de cas, la prévalence de la maltraitance et les caractéristiques des auteurs de mauvais traitements et des victimes. Il décrit ensuite la compréhension de plus en plus grande dont les hommes font l'objet en tant que victimes, et examine les hypothèses et la corrélation entre la vieillesse, la masculinité et un comportement violent. Les effets potentiels de ces indicateurs au niveau des mauvais traitements ultérieurs sont examinés à titre indicatif.

La violence masculine: les coûts économiques

Alberto Godenzi et Carrie Yodanis, Université de Fribourg, Suisse

Dans ce document, nous nous inspirons d'ouvrages antérieures, les données existantes et des recherches initiales pour examiner les points forts et les limites de l'étude de la violence masculine à l'égard des femmes, dans une perspective de coûts économiques. Nous commençons par présenter et analyser des études internationales sur les coûts de la violence. Nous présentons ensuite les conclusions de deux études que nous avons consacrées aux coûts de la violence masculine en Suisse. La collecte de données issues d'enquêtes représentatives, de publications et de rapports officiels ainsi que de fichiers de services sociaux et d'autres sources nous permet d'estimer le coût annuel pour l'Etat à 400 millions de francs suisses.

Nous constatons également que le coût lié aux réactions à la violence est supérieur et défendons la nécessité de renforcer la prévention de la violence afin de réduire les coûts à long terme. Dans la deuxième étude, nous réunissons des données recueillies auprès de salariés d'entreprises suisses, afin d'étudier les conséquences et les coûts de la violence masculine à l'égard des femmes pour l'activité économique. Nous comparons ces diverses approches méthodologiques et évaluons l'efficacité d'études portant sur les coûts économiques, comme moyen d'étudier et de réduire la violence des hommes à l'égard des femmes.

Mais où sont les hommes? Les politiques pour combattre la violence à l'égard des femmes en Espagne depuis la fin du régime autoritaire

Celia Valiente, Université de Madrid, Espagne

Au cours des deux dernières décennies, les politiques menées par l'Etat espagnol pour lutter contre la violence à l'égard des femmes ont ressemblé à celles des autres pays membres européens.

Les mesures prises ont pour l'essentiel été de quatre types: réformes juridiques, afin de criminaliser ces actes de violence à l'égard des femmes; diffusion d'informations dans la population sur les droits des femmes; promotion de la recherche sur le phénomène de la violence à l'égard des femmes, et élaboration de statistiques; enfin, mise en place de services sociaux à l'intention des victimes de violences par exemple des refuges pour femmes battues. Toutefois, ces politiques ont été formulées et mises en œuvre en Espagne plus tard que dans d'autres pays occidentaux. Ce retard s'explique en partie par le fait que, du milieu des années 30 à 1975, l'Espagne a été gouvernée par un régime autoritaire de droite, qui était nettement antiféministe.

En Espagne, comme dans de nombreux autres pays industriels, les politiques menées par l'Etat pour lutter contre la violence à l'égard des femmes n'ont connu au cours des deux dernières décennies que des succès partiels, essentiellement en raison de problèmes liés: i. à l'élaboration des politiques et ii. à leur mise en œuvre. En ce qui concerne le premier point, l'auteur de cet exposé affirme que les hommes sont quasiment absents des préoccupations qui ont présidé à l'élaboration des mesures tendant à lutter contre la violence à l'égard des femmes. Les politiques visent essentiellement les victimes, c'est-à-dire les femmes (et non la cause du problème à savoir les hommes qui se rendent coupables de la violence). Pour ce qui est du deuxième point (la mise en œuvre des politiques), les auteurs sont d'avis que les déficiences observées en la matière peuvent en partie s'expliquer au niveau transnational par les caractéristiques de ce secteur de l'action des pouvoirs publics. La mise en œuvre de la plupart des politiques de lutte contre la violence à l'égard des femmes incombe à un nombre élevé de bureaucrates travaillant sur le terrain: juges, procureurs, fonctionnaires de police, personnel hospitalier, médecins légistes et travailleurs sociaux, pour n'en citer que quelques-uns. Ceux-ci traitent directement avec les "clients", qu'il s'agisse des auteurs présumés de la violence ou de leurs victimes. Ils peuvent facilement compromettre la mise en œuvre de la plupart des politiques menées par l'Etat pour lutter contre la violence à l'égard des femmes, car ils ont une grande marge de manœuvre et une grande autonomie pour accomplir leurs fonctions et ne font pas l'objet d'un contrôle strict de la part de leurs supérieurs hiérarchiques dans les organisations pour lesquelles ils travaillent.

Les méthodes utilisées par la police pour lutter contre la violence à l'égard des femmes

Helene Görtzen, Direction de la Police municipale de Stockholm, Suède

Histoire et législation

Sensibilisation - Pour sensibiliser tous les acteurs/trices (police, travailleurs sociaux, personnel des hôpitaux et des écoles, etc.) à l’existence de la violence. Campagnes publiques de communication visant directement les femmes, les enfants et, surtout les hommes.

Connaissances - Stratégies, plans d’action, formation, développement à la fois technique et théorique, unités spécialisées.

Coopération - La police joue un rôle important dans la lutte contre la violence masculine à l’égard des femmes, en coordonnant et en animant divers groupes de coopération aux niveaux local, régional, national et international.

Continuité - Il importe de pérenniser ce projet, car les inégalités et les violences masculines à l’égard des femmes ne disparaîtront pas du jour au lendemain.

Changement d’attitude - Plus nous progressons dans la connaissance du phénomène de la violence et de ses conséquences, plus la question paraît complexe. C’est pourquoi il est nécessaire d’identifier et de diffuser des bonnes pratiques. La violence ne concerne pas seulement les catégories les plus défavorisées de notre société, elle est un délit très équitablement réparti, que nous pouvons vaincre en conjuguant nos efforts.

Hypothèses et implications: des notes sur les hommes Groenlandais "en transition"

Bo Wagner Sørensen, Université de Copenhague, Danemark

Le faible nombre d'ouvrages consacrés à la violence masculine au Groenland s'expliquerait par le fait que les Groenlandais sont un peuple en transition. Une publication récente sur la santé des Inuits circumpolaires voit dans le "stress dû à l'acculturation" la principale explication d'actes que les chercheurs qualifient de malsains. Dans cette perspective médicale, la violence apparaît au même niveau que les accidents dus à l'alcoolisme. Violence ou accidents, il s'agit dans les deux cas de phénomènes qui, tout simplement, se produisent.

Je trouve intéressant que l'évolution sociale et, partant, le cadre explicatif connexe qui repose sur les notions de transition et de stress dû à l'acculturation, occupent une position privilégiée dans la littérature et la tradition régionales. De plus, dans le cadre de cette tradition régionale l'approche de l'évolution sociale ne tient généralement pas compte de la notion d'acteurs sociaux ni de celle d'organisme social. Les gens sont donc avant tout considérés comme les victimes de changements imposés de l'extérieur.

Il me semble que le fait d'essayer de comparer la manière dont traditionnellement chaque région traite la violence des hommes à l'égard des femmes, la comprend et en parler offre certaines perspectives intéressantes. Pourquoi les discours dominants tenus au Groenland et au Danemark, par exemple, diffèrent-ils dans leur façon de considérer l'évolution sociale? Les diverses approches sont-elles le résultat directe de réalités empiriques, ou d'autres éléments interviennent-ils? Quelles sont les implications, du point de vue éthique notamment, d'une approche centrée sur "les hommes en transition?"